Olivier Messiaen (1908-1992), La Source de Vie,
Que toujours mon cœur ait soif de toi, ô fontaine de vie, source de l’éternelle lumière ! (St Bonaventure)
Jennifer Bate, orgue, Église de la Sainte-Trinité, Paris

Nicolas Mignard (1606-1668)
Saint Bruno en prière dans le désert (1638)
Musée Calvet, Avignon
Cette œuvre, conservée au Musée Calvet, est l’une des réalisations religieuses majeures de la première période avignonnaise de Nicolas Mignard.
Un saint au cœur du silence
Tout dans le tableau semble avoir été organisé pour conduire le regard vers Bruno, isolé au premier plan. Le saint est agenouillé dans une grotte rocheuse, à l’écart du monde. Derrière lui, le paysage s’ouvre pourtant sur une nature vaste, escarpée et presque inhabitée. Quelques chartreux, minuscules dans l’immensité du paysage, rappellent que cette solitude est celle d’une communauté qui a choisi le retrait du monde. Mignard établit ainsi une opposition très forte entre deux espaces la grotte, sombre, proche, intime et le paysage, lumineux mais rude, lointain et désertique. La grotte devient presque une architecture intérieure.

Le geste de la prière
Le visage de Bruno est levé vers le ciel. Ses mains, ouvertes et abandonnées, ne semblent plus appartenir à une action terrestre. C’est un geste de réceptivité plutôt que de demande. L’illumination divine est rendue perceptible par le regard du saint et l’abandon de ses mains. Dieu est absent de l’image et pourtant il en constitue le centre invisible. La présence divine est simplement suggérée par l’attitude de Bruno.

Le chien : un témoin de l’invisible
Un détail remarquable est le chien, placé auprès de Bruno. Son museau levé vers le saint semble répondre à quelque chose que nous ne voyons pas. L’animal paraît lui-même déconcerté par cette présence invisible qui fait irruption. Il devient ainsi une sorte de second regard du tableau. Bruno regarde vers le ciel ; le chien regarde Bruno. Et nous, nous regardons les deux. Cette circulation des regards transforme une scène apparemment immobile en une scène intérieure : quelque chose vient de se produire, mais l’événement est invisible.

La blancheur du vêtement
L’habit blanc du Chartreux occupe une place essentielle dans la composition. Dans la pénombre de la grotte, il constitue la grande masse lumineuse du premier plan. Mignard accorde une attention particulière aux plis épais de l’habit, dont la matière est décrite comme souple et onctueuse. Le blanc possède ici plusieurs fonctions : couleur de l’ordre chartreux, il identifie immédiatement Bruno ; lumière dans l’obscurité, il fait ressortir le corps ; signe de dépouillement, il correspond à la pauvreté et à l’austérité de la vie monastique. Le blanc du vêtement semble recueillir la lumière que le paysage laisse entrer dans la grotte.

Le paysage comme miroir de l’âme
Le désert de Mignard n’est pas un simple décor. Les montagnes sont abruptes, la végétation rare, et un grand tronc d’arbre presque dépouillé de ses feuilles traverse l’arrière-plan. Quelques religieux en blanc apparaissent au loin. La nature paraît donc elle-même avoir été soumise à la même discipline que le saint : moins de feuillage, moins de couleur, moins de mouvement, moins de présence humaine. Le paysage devient l’équivalent extérieur de l’ascèse intérieure. Le grand arbre dépouillé est particulièrement parlant : il évoque une nature qui a renoncé à l’abondance pour atteindre une forme plus nue, plus essentielle.
Le désert n’est pas le lieu où Dieu est absent, mais celui où, débarrassé de tout ce qui distrait le regard, l’homme apprend enfin à regarder l’invisible.
