Franz Schubert (1797-1828), Rosamunde, Entr’acte no 3
Berliner Philharmoniker, dir. Claudio Abado (2009)

Robert Delaunay (1885-1941)
Rythme, Joie de vivre (1930)
Musée d’Art moderne-Centre Pompidou, Paris
Contexte et genèse de l’œuvre
En 1930, Robert Delaunay opère un tournant décisif dans son parcours artistique. Après avoir exploré les rapports entre couleur, lumière et mouvement dans ses œuvres antérieures, il revient aux formes circulaires qui avaient marqué ses recherches avant la Première Guerre mondiale. Mais il en élimine désormais toute référence directe au monde visible : ni paysage, ni personnage, ni objet identifiable. La peinture devient un univers autonome, construit par la couleur, la géométrie et le rythme.
Rythme, Joie de vivre appartient ainsi à une période où Delaunay affirme que la peinture peut exprimer la vie sans avoir besoin de la représenter. La toile est conçue dans le contexte d’un projet décoratif monumental pour le salon du docteur Viard, à Paris.

Une composition de cercles et d’ondes colorées
Le premier regard est saisi par une constellation de disques, de cercles et de fragments circulaires qui semblent se déployer sur toute la surface de la toile. Les formes s’emboîtent, se croisent et se répondent sans jamais se figer dans une organisation purement décorative. La composition est à la fois construite et vibrante.
Des axes diagonaux organisent les relations entre les disques, mais ils ne ferment pas l’espace : le regard circule librement, entraîné d’une forme à l’autre, comme dans un mouvement perpétuel. La géométrie ne signifie donc pas ici immobilité. Elle est au contraire le moyen de suggérer une énergie en expansion. Les cercles paraissent tour à tour se rapprocher, s’éloigner, tourner ou se propager, à la manière d’ondes qui traverseraient un espace invisible.


La couleur, source de lumière et d’énergie
La couleur est le véritable sujet du tableau. Le vert, le jaune, l’orangé et le rouge, qui correspondent aux dernières couleurs du spectre de l’arc-en-ciel, dominent la composition. Ils se diffusent en cercles concentriques, se juxtaposent, se heurtent et s’harmonisent. Dans la partie supérieure droite, un disque aux tonalités plus froides vient tempérer cette effervescence chromatique. La couleur est une force qui agit sur notre perception. Les variations de tons produisent des impressions de profondeur, de vibration et de déplacement, alors même que la toile demeure matériellement plane. Les couleurs chaudes semblent rayonner, comme si chaque disque possédait son propre foyer lumineux. Les couleurs voisines se renforcent mutuellement, tandis que leurs contrastes donnent à la surface une mobilité presque musicale. La lumière naît de la rencontre des couleurs elles-mêmes. C’est une lumière intérieure à la peinture, créée par les relations entre les formes et les tonalités.

La joie de vivre : une affirmation de la vie
Rien de figuratif ne vient illustrer la joie. Elle réside dans l’abondance des couleurs, dans leur circulation, dans la liberté des formes et dans l’équilibre dynamique de l’ensemble.
La joie de vivre devient une énergie qui se manifeste par la lumière, le mouvement et la diversité.
Les disques colorés semblent s’épanouir les uns à partir des autres, comme des fleurs abstraites, des astres ou des cellules d’un organisme immense. Chacun conserve son individualité, mais aucun ne vit isolément. Leur harmonie naît précisément de leurs différences et de leurs interactions.
Une peinture ouverte sur l’espace architectural
Les dimensions de la toile — deux mètres sur plus de deux mètres vingt — lui donnent une présence monumentale. Cette ampleur n’est pas accidentelle : l’œuvre est liée à une réflexion sur la décoration des espaces intérieurs et sur les relations entre peinture et architecture. Dans cette perspective, le tableau doit transformer l’espace dans lequel il se trouve, l’animer et modifier la perception du spectateur. La couleur déborde symboliquement les limites du cadre : elle semble se prolonger dans l’architecture et dans le mouvement même de celui qui regarde.
