B. Pas­cal. Nous sommes pe­tits dans l’univers

Quand je consi­dère la pe­tite du­rée de ma vie, ab­sor­bée dans l’éternité pré­cé­dant et sui­vant [pré­cé­dente et sui­vante,] le pe­tit es­pace que je rem­plis et même que je vois, abî­mé dans l’infinie im­men­si­té des es­paces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plu­tôt que là, car il n’y a point de rai­son pour­quoi ici plu­tôt que là, pour­quoi à pré­sent plu­tôt que lors. Qui m’y a mis ? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été des­ti­né à moi ? Me­mo­ria hos­pi­tis unius diei prae­te­reun­tis ([L’es­poir de l’im­pie] « passe son che­min comme le sou­ve­nir de l’hôte d’un jour », Sg 5, 14).

Blaise Pas­cal (1623-1662), Pen­sées, frag­ments 205, édi­tion > L. Brun­sch­vicg

La gran­deur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît mi­sé­rable. Un arbre ne se connaît pas mi­sé­rable.
C’est donc être mi­sé­rable que de se connaître mi­sé­rable ; mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.

Blaise Pas­cal (1623-1662), Pen­sées (1670), frag­ment 397, édi­tion > L. Brun­sch­vicg

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