D. Bouts. Le Che­min du ciel et de l’en­fer (~1450)

Clau­dio Mon­te­ver­di (1567-1643), Bea­tus vir (Ps 111) a
Gent­le­men of the Chap­pell, dir. Pe­ter Bas­sa­no b

Dirk Bouts (~1420-1475)
Le Che­min du Ciel, La Chute des dam­nés (~1450)
Mu­sée des Beaux-Arts, Lille

Le ta­bleau pro­vient d’un trip­tyque du Ju­ge­ment der­nier com­man­dé par la ville de Lou­vain à Dirk Bouts en 1468. Seuls les deux pan­neaux la­té­raux sont par­ve­nus jus­qu’à nous : Le Che­min du ciel fi­gu­rant le pa­ra­dis, La Chute des dam­nés fi­gu­rant l’en­fer. Les su­jets du pa­ra­dis et de l’enfer sont trai­tés d’après la Bible (Gn 2,10) et l’Apocalypse, et un ma­nus­crit ir­lan­dais du XIVe siècle, le Pur­ga­toire de Saint Pa­trick du moine H. de Sal­trey ré­di­gé entre 1173 et 1185, qui ra­conte le voyage lé­gen­daire du che­va­lier Owein dans l’au-delà. 1

Dirk Bouts (~1420-1475)
Le Che­min du Ciel (~1450)
Mu­sée des Beaux-Arts, Lille 🔍

Le Che­min du ciel
Au centre du ta­bleau, se trouve la fon­taine de vie qui des­sert les quatre fleuves du jar­din d’Éden. Au pre­mier plan, un ange aux ailes noires guide les élus vers le pa­ra­dis. À sa droite, les élus le suivent les mains jointes. Les femmes sont coif­fées à la mode du Moyen Age, longs che­veux on­du­lés et front épi­lé jusqu’à la hau­teur des oreilles. À leur gauche, des oi­seaux chantent sur un ro­cher mous­su. Le sol est par­se­mé de pis­sen­lits, de vio­lettes, de fraises de bois sym­bo­li­sant, res­pec­ti­ve­ment, la sa­veur amer de la Pas­sion du Christ, l’humilité, la cou­leur du sang. Des pierres pré­cieuses s’écoulent des fleuves, la prai­rie est émaillée de fleurs, comme le dé­crit Owein. Dans la par­tie su­pé­rieure du ta­bleau, des élus montent sur une col­line pour ac­cé­der au pa­ra­dis cé­leste. Tout en haut au centre, un tun­nel de lu­mière conduit du jar­din d’Éden au pa­ra­dis céleste.

Bouts se sert de l’é­ta­ge­ment des plans pour rendre la pro­fon­deur du pay­sage, les cou­leurs sont sa­tu­rées au pre­mier plan quand elles s’é­clair­cissent et ac­quièrent une do­mi­nante bleu­tée dans le lointain.

Dirk Bouts (~1420-1475)
La Chute des dam­nés (~1450)
Mu­sée des Beaux-Arts, Lille 🔍

La Chute des dam­nés
En haut du ta­bleau, les corps des dam­nés sont je­tés par des diables chauves-sou­ris. Ils tombent sur des ro­chers ai­gui­sés, aux lignes tran­chantes, dans un clair-obs­cur qui s’oppose au monde peint sur le pan­neau du Pa­ra­dis. À leurs cô­tés, des tor­tues vo­lantes tombent du ciel dans le lac ge­lé où les at­tendent d’autres monstres. Au fond à gauche, l’un des sup­plices dé­crits par Owein est re­pré­sen­té sous la forme d’une roue hé­ris­sée de cro­chets ar­dents où sont sus­pen­dus des corps écra­sés par son poids. Juste au-des­sous à gauche, dans une grotte, les dam­nés brûlent dans les flammes de l’Enfer. Ils y sont je­tés par des dé­mons aux yeux brillants por­tant cornes, griffes ou dents ai­gui­sées, qui semblent s’amuser dans cette co­hue. Elle at­teint son pa­roxysme au pre­mier plan où les corps nus des dam­nés ex­priment toute l’horreur de leur condi­tion et des sé­vices qu’ils su­bissent. Les femmes poussent des hur­le­ments et cer­tains hommes tentent en­core de s’échapper.

Bouts joue sur la com­po­si­tion des­cen­dante, les cou­leurs sombres et hos­tiles de l’en­vi­ron­ne­ment mi­né­ral, la blan­cheur des corps tor­dus par l’ef­froi et la dou­leur, le contraste des ma­tières et la sen­sa­tion de grouille­ment pour ac­cen­tuer le ca­rac­tère dra­ma­tique de la scène.
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Note
1 Quand saint Pa­trick évan­gé­li­sait les Ir­lan­dais, ceux-ci lui avouèrent qu’ils se tien­draient plus as­su­rés de la réa­li­té du pa­ra­dis et de l’enfer, s’il vou­lait per­mettre qu’un des leurs y des­cen­dît, et vînt en­suite leur en don­ner des nou­velles. Pa­trick y consentit.

On creu­sa une fosse par la­quelle un Ir­lan­dais en­tre­prit le voyage sou­ter­rain. D’autres vou­lurent après lui ten­ter l’a­ven­ture. À l’époque du roi Étienne (1135-1154), le che­va­lier Owein, ac­ca­blé par le poids de ses pé­chés, s’y dé­ci­da. Au fond de la fosse, il dé­cou­vrit d’abord un mo­nas­tère où on lui ex­pli­qua les règles de l’épreuve : les dé­mons al­laient ten­ter de s’emparer de lui. Contre eux, il n’avait qu’un re­cours : in­vo­quer le nom du Christ. On des­cen­dait dans le trou avec la per­mis­sion de l’abbé du mo­nas­tère voi­sin, on tra­ver­sait les tour­ments de l’enfer et du pur­ga­toire, puis cha­cun ra­con­tait ce qu’il avait vu.

a Ps 111
1 Bea­tus vir qui ti­met Do­mi­num :
in man­da­tis ejus vo­let nimis.

Po­tens in ter­ra erit se­men ejus ;
ge­ne­ra­tio rec­to­rum benedicetur.

Glo­ria et di­vi­tiae in do­mo ejus,
et jus­ti­tia ejus ma­net in sae­cu­lum saeculi.

Exor­tum est in te­ne­bris lu­men rec­tis :
mi­se­ri­cors, et mi­se­ra­tor, et justus.

Ju­cun­dus ho­mo qui mi­se­re­tur et com­mo­dat ;
dis­po­net ser­mones suos in judicio :

quia in ae­ter­num non com­mo­ve­bi­tur.
In me­mo­ria ae­ter­na erit jus­tus ;
ab au­di­tione ma­la non timebit.

Pa­ra­tum cor ejus spe­rare in Do­mi­no,
confir­ma­tum est cor ejus ;
non com­mo­ve­bi­tur
do­nec des­pi­ciat in­imi­cos suos.

Dis­per­sit, de­dit pau­pe­ri­bus ;
jus­ti­tia ejus ma­net in sae­cu­lum sae­cu­li :
cor­nu ejus exal­ta­bi­tur in gloria.

10 Pec­ca­tor vi­de­bit, et iras­ce­tur ;
den­ti­bus suis fre­met et ta­bes­cet :
de­si­de­rium pec­ca­to­rum peribit.


1 Heu­reux qui craint le Sei­gneur,
qui aime en­tiè­re­ment sa volonté !

2 Sa li­gnée se­ra puis­sante sur la terre ;
la race des justes est bénie.

3 Les ri­chesses af­fluent dans sa mai­son :
à ja­mais se main­tien­dra sa justice.

4 Lu­mière des cœurs droits dans les té­nèbres,
homme de jus­tice, de ten­dresse et de pitié.

5 L’­homme de bien a pi­tié, il par­tage ;
il mène ses af­faires avec droiture.

6 Cet homme ja­mais ne tom­be­ra ;
7 tou­jours on fe­ra mé­moire du juste.
Il ne craint pas l’an­nonce d’un malheur :

le cœur ferme, il s’ap­puie sur le Sei­gneur.
8 Son cœur est confiant, il ne craint pas :
il ver­ra
ce que va­laient ses oppresseurs.

9 A pleines mains, il donne au pauvre ;
à ja­mais se main­tien­dra sa jus­tice,
sa puis­sance gran­di­ra, et sa gloire !

10 L’im­pie le voit et s’ir­rite ;
il grince des dents et se dé­truit.
L’am­bi­tion des im­pies se perdra.

b Emi­ly Van Eve­ra, Su­san He­ming­ton Jones, so­pra­nos
Si­mon Ber­ridge, An­gus Smith, té­nors
Chris­to­pher Purves, basse