▷ G. Apol­li­naire. Au jar­din fleu­ri pour la cueillette

Lec­ture par Ro­bert Werner

Anne-Ma­rie Trechs­lin (1927-2007)
Charme de Vienne (1967)
Col­lec­tion privée

Nous vînmes au jar­din fleu­ri pour la cueillette.
Belle, sais-tu com­bien de fleurs, de roses-thé,
Roses pâles d’a­mour qui cou­ronnent ta tête,
S’ef­feuillent chaque été ?

Leurs tiges vont plier au grand vent qui s’é­lève.
Des pé­tales de rose ont chu dans le che­min.
Ô Belle, cueille-les, puisque nos fleurs de rêve
Se fa­ne­ront de­main !

Mets-les dans une coupe et toutes portes doses,
Alan­guis et cruels, son­geant aux jours dé­funts,
Nous ver­rons l’a­go­nie amou­reuse des roses
Aux râles de parfums.

Le grand jar­din est dé­fleu­ri, mon égoïste,
Les pa­pillons de jour vers d’autres fleurs ont fui,
Et seuls do­ré­na­vant vien­dront au jar­din triste
Les pa­pillons de nuit.

Et les fleurs vont mou­rir dans la chambre pro­fane.
Nos roses tour à tour ef­feuillent leur dou­leur.
Belle, san­glote un peu… Chaque fleur qui se fane,
C’est un amour qui meurt !

Guillaume Apol­li­naire (1880-1918), La cueillette

> Bio­gra­phie