
Vierge, XVe s.
Heures à l’usage de Sarum, BM Riom
Comblée de grâce en sa pauvreté, Marie veut être la servante du Seigneur. La grâce de Dieu qui l’a comblée suscite en elle la foi dans la véracité des promesses de l’Ange. Après une hésitation légitime devant le mystère de la maternité virginale qui lui est annoncée, elle s’en remet totalement, dans un acte de foi pur, à la parole du Seigneur.
La foi de Marie est d’abord un acte d’offrande : « Me voici !» Puisqu’elle est toute grâce de Dieu, il est naturel qu’elle rende toute grâce à Dieu, dans l’offrande de tout son être. Ce mouvement est d’une pureté merveilleuse. La sobriété des mots fait encore éclater la splendeur de la grâce en elle.
La foi de Marie est ensuite un acte d’obéissance : « Je suis la Servante du Seigneur ». Marie entre dans le plan de Dieu, elle accepte la redoutable vocation de Fille de Sion, la fonction bouleversante de Mère du Messie. Elle n’accueille pas cette vocation comme une gloire pour elle, mais comme un service de Dieu. Avec ce service magnifique, elle accepte aussi l’abjection d’une situation anormale : être une mère vierge, la critique possible de son entourage, le mépris certain de Joseph, son fiancé. Tout cela est mesuré, accepté, accueilli dans l’obéissance du service de Dieu. La foi de Marie est enfin un acte de confiance : « Qu’il m’advienne selon ta parole !».
Ce mouvement de la foi de Marie est d’une grande simplicité et pureté. Marie apparaît ici comme la première qui, dans l’ordre nouveau du Christ, accomplit le mouvement authentique de la foi. Zacharie, lui, était demeuré sceptique et avait réclamé un signe, après sa vision dans le Temple. Malgré la vision et la parole de l’Ange, Zacharie doute, alors que Marie accepte et fait confiance, en posant seulement la question du comment, mais sans demander un signe. La comparaison de ces deux annonciations est très révélatrice de la pureté de la foi en Marie.
C’est que Zacharie reste encore un personnage de l’Ancienne Alliance, au cœur lent à croire, objet d’un miracle de Dieu qui s’accomplit malgré son peu de foi. Marie, au contraire, est vraiment la première chrétienne, la croyante véritable qui, prédestinée par la pure grâce de Dieu, entre dans son plan par l’offrande totale de sa personne, par l’obéissance joyeuse et la confiance paisible dans la Parole de Dieu. Ce n’est pas malgré Marie et sa pauvreté que le Seigneur agit, c’est en elle et avec elle, en lui donnant par grâce la possibilité d’adhérer et d’acquiescer d’une foi pure à la vérité de la Bonne Nouvelle.
Marie est en cela la bienheureuse Croyante, la première chrétienne, la mère des croyants, au sens où Abraham a inauguré l’Ancienne Alliance par un acte de foi qui n’est pas sans rappeler celui de Marie à l’aurore de la Nouvelle Alliance. Par sa foi qui l’unit à Abraham, Marie qui la première a cru en l’incarnation du Fils de Dieu Sauveur, reste pour tous les chrétiens l’exemple de l’acte de foi pur, les entraînant à reproduire, dans l’Église et en eux-mêmes, cette vie de la foi fondée sur la seule grâce et sur la Parole de Dieu.
Max Thurian (1921-1996), Marie, Mère du Seigneur
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