A. Ein­stein. Le cô­té mys­té­rieux de la vie

Marc Cha­gall (1887-1985)
L’Arbre de Vie, La Mère et l’En­fant au pied de l’Arbre (1976)
Cha­pelle des Cor­de­liers, Sarrebourg

La plus belle chose que nous puis­sions éprou­ver, c’est le cô­té mys­té­rieux de la vie. C’est le sen­ti­ment pro­fond qui se trouve au ber­ceau de l’art et de la science vé­ri­tables. Ce­lui qui ne peut plus éprou­ver ni éton­ne­ment, ni sur­prise, est pour ain­si dire mort ; ses yeux sont éteints. L’impression du mys­té­rieux, même mê­lée de crainte, a créé aus­si la re­li­gion. Sa­voir qu’il existe quelque chose qui nous est im­pé­né­trable, connaître les ma­ni­fes­ta­tions de l’entendement le plus pro­fond et de la beau­té la plus écla­tante, qui ne sont ac­ces­sibles à notre rai­son que dans leurs formes les plus pri­mi­tives, cette connais­sance et ce sen­ti­ment, voi­là ce qui consti­tue la vraie dé­vo­tion… Il me suf­fit d’éprouver le sen­ti­ment du mys­tère de l’éternité de la vie, d’avoir la conscience et le pres­sen­ti­ment de la construc­tion ad­mi­rable de tout ce qui est, de lut­ter ac­ti­ve­ment pour sai­sir une par­celle, si mi­nime soit-elle, de la rai­son qui se ma­ni­feste dans la nature.

Al­bert Ein­stein (1879-1955), Com­ment je vois le monde, 1949