Art ro­man ca­ta­lan. De­vant d’au­tel des Apôtres (XIIe s.)

Guillaume Du Fay (1397-1474), Exul­tet cae­lum lau­di­bus (hymne)
En­semble La Re­ver­die, Eli­sa­bet­ta de Mir­co­vich, Clau­dia Caf­fa­gni, Li­via Caffagni 

De­vant d’au­tel de la Seu d’Ur­gell ou des Apôtres (~1100)
Christ en ma­jes­té trô­nant dans un 8 ou dans la louange de l’octave 1
Mu­sée d’Art Ca­ta­lan, Barcelone 🔍

Cette œuvre est un re­mar­quable exemple de pein­ture ro­mane ca­ta­lane, pro­ba­ble­ment réa­li­sée entre le XIIᵉ et le dé­but du XIIIᵉ siècle. Elle pré­sente les ca­rac­té­ris­tiques ty­piques de l’art ro­man de la ré­gion de Ca­ta­logne, for­te­ment in­fluen­cé par la tra­di­tion chré­tienne médiévale.

L’œuvre est un de­vant d’au­tel peint sur bois. Au centre fi­gure le Christ en ma­jes­té, as­sis sur un trône et ins­crit dans une man­dorle, au­réole sym­bo­li­sant sa gloire di­vine. Il bé­nit de la main droite et tient un livre de la main gauche, signe de son au­to­ri­té spirituelle.

Le Christ, « homme penta­go­nal », est ins­crit dans un 8 : les cinq sens re­joi­gnant le trois, chiffre de Dieu.

De chaque cô­té se trouvent des groupes de per­son­nages au­réo­lés, les Apôtres, dis­po­sés sy­mé­tri­que­ment au­tour du Christ. La com­po­si­tion est stric­te­ment hié­rar­chi­sée :
au centre : le Christ do­mine l’en­semble par sa taille et sa po­si­tion. De chaque cô­té, les apôtres sont ré­par­tis en deux groupes équi­li­brés. Une riche bor­dure géo­mé­trique et vé­gé­tale en­cadre la scène.

Cette or­ga­ni­sa­tion tra­duit la vi­sion mé­dié­vale d’un uni­vers or­don­né par Dieu.

Plu­sieurs élé­ments sont ca­rac­té­ris­tiques du ro­man ca­ta­lan
Les fi­gures ne cherchent pas à re­pro­duire fi­dè­le­ment le corps hu­main :
pro­por­tions al­lon­gées ; vi­sages sty­li­sés ; gestes sym­bo­liques plu­tôt que naturels.

L’es­pace est plat. Les per­son­nages semblent flot­ter sans pro­fon­deur réelle. L’ob­jec­tif n’est pas de re­pré­sen­ter le monde vi­sible mais de trans­mettre un mes­sage religieux.

L’œuvre n’est pas conçue comme une image dé­co­ra­tive au sens mo­derne. Elle agit comme une image de dé­vo­tion et d’en­sei­gne­ment. Le fi­dèle mé­dié­val y voit une re­pré­sen­ta­tion de l’ordre cé­leste. Cette pein­ture ro­mane ca­ta­lane illustre par­fai­te­ment les prin­cipes de l’art mé­dié­val : hié­rar­chie, sym­bo­lisme, fron­ta­li­té, cou­leurs ex­pres­sives et fonc­tion re­li­gieuse, avec le Christ en ma­jes­té comme centre spi­ri­tuel et vi­suel de la composition.

Ex­sul­tet cæ­lum lau­di­bus,
re­sul­tet ter­ra gau­diis :
Apos­to­lo­rum glo­riam sa­cra
ca­nunt solémnia.

Vos, sæ­cli ius­ti iu­dices
et ve­ra mun­di lu­mi­na,
vo­tis pre­ca­mur cor­dium
au­dite preces supplicum.

Qui cæ­lum ver­bo clau­di­tis
se­rasque eius sol­vi­tis,
nos a pec­ca­tis om­ni­bus
sol­vite ius­su, quæsumus.

Quo­rum præ­cép­to sub­di­tur
sa­lus et lan­guor om­nium,
sa­nate ægros mo­ri­bus,
nos red­déntes virtutibus,

Ut, cum iu­dex ad­vé­ne­rit
Chris­tus in fine sæ­cu­li,
nos sem­pi­tér­ni gau­dii
fa­ciat esse compotes.

Deo sint laudes glo­riæ,
ejusque so­li Fi­lio
cum Spi­ri­tu Pa­ra­cli­to
et nunc et in per­pe­tuum. Amen

Que la louange exulte au ciel,
que la joie ré­ponde sur terre !
Car c’est la gloire des apôtres
que nous cé­lé­brons au­jourd’­hui.

Vous, les justes juges des hommes
et les vraies lu­mières du monde,
voi­ci les vœux de notre cœur :
écou­tez nos voix suppliantes.

Vous qui pou­vez fer­mer le ciel
et dé­lier pour nous ses portes,
nous vous prions : dites le mot
qui nous dé­lie de tout péché.

Puisque san­té et ma­la­die
obéissent à vos pa­roles,
gué­ris­sez notre cœur ma­lade,
à notre âme, ren­dez vigueur.

Ain­si, quand re­vien­dra le Christ
à la fin des temps,
Il nous fe­ra par­ti­ci­per au bon­heur
qui n’ a pas de fin.

Gloire et louange soient à Dieu,
à son Fils unique,
dans l’Es­prit Saint,
main­te­nant et à ja­mais. Amen