La fresque du bon et du mauvais gouvernement peinte par Ambrogio Lorenzetti dans le palais public de Sienne (1338) a été conçue pour alerter les citoyens de la ville du danger de la tyrannie et les sensibiliser aux vertus de l’équilibre des pouvoirs. Sienne était au XIVe siècle une cité-Etat autonome, une « république » gérée par ses citoyens. Comme avec Guernica de Picasso (1937), on est en présence d’une peinture politique : la république menacée par la seigneurie rend visible les effets bénéfiques de son action et les dangers de la guerre. Lorenzetti peint les lendemains de la bataille : terre morte, dépopulation, incendies… Il montre le visage grotesque de la tyrannie, illustre le sentiment d’injustice qui crée la « furor » ou colère du peuple, il peint la division habillée de rayures noires et blanches… A l’opposé, il représente la concorde par une corde tressée dont les citoyens librement se laissent « encorder »… Du côté du « bon gouvernement », la cité en paix n’est pas une image idéale, mais une ville en construction aux multiples perspectives.
Dix ans après la fresque de Lorenzetti, la population de Sienne était décimée par la peste et le retour des conflits. Représentée par une allégorie dévêtue de son armure, la figure de la Paix est toujours aussi mélancolique en 2014 qu’en 1338, car elle sait que les lendemains de la cité ne sont pas assurés.

Ambrogio Lorenzetti (1290-1348)
Allégorie du Bon Gouvernement (1337-1340)
Palazzo Pubblico, Sienne 🔍
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