Pablo Picas­so. La femme qui rêve

Eric Satie (1866-1925), Gym­no­pé­die no 1
Pas­cal Rogé, piano 

Pablo Picas­so (1881-1973)
La femme qui rêve (1932)
Col­lec­tion privée 


« Je ne cherche pas, je trouve !» (Picas­so)

N’est-il pas dit de Picas­so qu’il n’é­la­bo­rait pas ses cou­leurs avec sub­ti­li­tés, mais qu’il pres­sait les tubes de pein­ture avec une impa­tience qua­si pul­sion­nelle, dic­tée par la pres­sion de la créa­ti­vi­té et de l’ins­pi­ra­tion, posant ain­si avant l’heure le concept de l’Action Art, cet art de l’ins­tant, cet art du mou­ve­ment, ce corps à cœur entre l’ar­tiste et sa toile. Com­bat sans com­pro­mis, qui ne tolère pas d’être entra­vé par des contin­gences aca­dé­miques ou des théo­ries momifiantes.

Et pour­tant, quelle quié­tude dans ce por­trait d’une « femme qui rêve ». Peut-être s’est-elle endor­mie à son insu, dans un moment de calme, d’a­ban­don, invi­tant à une sieste sans com­plexe. Le relâ­che­ment de sa pause alan­guie, et son sou­rire tel­le­ment serein, sug­gèrent un véri­table ins­tant de bon­heur, immor­ta­li­sé par le peintre qui semble lui-même hyp­no­ti­sé par cette icône de « bien-être », par cette belle rêveuse… qui fait rêver ! Quel bon­heur dans ce visage aban­don­né, trai­té dans une pos­ture « plas­tique » un peu extrême, un peu cari­ca­tu­rale, il est vrai. Cet étrange angle droit entre le cou et le visage, pour­rait don­ner un sen­ti­ment de rup­ture, de cas­sure, voire même de ten­sion. Sans par­ler des deux mains jointes : est-ce une prière enta­mée, inter­rom­pue par une tor­peur inat­ten­due, ou une pos­ture las­cive, avec ce sein plan­tu­reux dévoi­lé aux regards de tous ?