René Descartes. La philosophie nous est-elle utile ?

J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux.

Jean-Baptiste Dubos. Contrefaire le génie des grands ?

On imite la main d’un autre, mais on n’imite pas de même, pour parler ainsi, son esprit, et l’on n’apprend point à penser comme un autre, ainsi qu’on peut apprendre à prononcer comme lui. Le peintre médiocre qui voudrait contrefaire une grande composition du Dominiquin (Domenico Zampieri) ou de Rubens, ne saurait imposer.

▷ Michaël Edwards. L’émerveillement

Au lieu de supposer que l’émerveillement est le propre des enfants et des ingénus, une émotion agréable et passagère dont on se défait en comprenant l’objet qui l’a provoqué ou en revenant aux choses sérieuses, Michael Edwards invite à penser qu’il n’y a rien de plus adulte ni de plus sérieux que de s’émerveiller.

Épictète. l'opinion de chacun et la vérité

Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l’origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l’opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l’invention d’une norme.

Épictète. Ce qui dépend de nous

Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. Celles qui dépendent de nous, ce sont l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion: en un mot tout ce qui est notre œuvre. Celles qui ne dépendent pas de nous, ce sont le corps, les biens, la réputation, les dignités : en un mot tout ce qui n’est pas notre œuvre.

Épictète. Le désir aliène et rend malheureux

Pour être libre, refuser le mal et renoncer provisoirement aux désirs.
Souviens-toi de ceci : quand on désire, on veut obtenir l’objet de son désir et quand on refuse, on veut ne pas avoir ce que l’on refuse; qui manque l’objet de son désir n’est pas heureux et qui obtient ce qu’il refuse est malheureux.

Épicure. Philosopher à tout âge

Quand on est jeune il ne faut pas hésiter à s’adonner à la philosophie, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser d’en poursuivre l’étude. Car personne ne peut soutenir qu’il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l’âme.

Éric Fiat. Affronter l’angoisse et le tragique en fin de vie

Un effort pour rendre le tragique moins tragique : telle est notre définition de l’éthique, définition qui indique assez que nous ne pensons certes pas qu’il puisse jamais exister une éthique qui mette fin au tragique. Car il y a dans toute vie une part de tragique, et qu’elle se manifeste tout particulièrement dans les derniers moments n’a rien qui doive surprendre.

Eric Fiat. Mensonge et éthique

La tradition philosophique, pour laquelle nous éprouvons gratitude et reconnaissance, a bien souvent présenté le philosophe comme l’homme ami du vrai. Pour Platon déjà, le mensonge était un crime contre la philosophie, et le philosophe, ami du savoir (philosophos), devait l’être également de la vérité (philalethes).

Michel Foucault. La position du maître

Ce qui définit la position du maître, c’est que ce dont il se soucie, c’est du souci que celui qu’il guide peut avoir de lui-même. A la différence du professeur, il ne se soucie pas d’apprendre à celui qu’il guide des aptitudes et des capacités, il ne cherche pas à lui apprendre à parler, à l’emporter sur les autres.

Sigmund Freud. Le moi tiraillé

Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s’efforce de mettre de l’harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier; rien d’étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça.

Sigmund Freud. Sommes-nous maîtres de nous-mêmes ?

Dans certaines maladies et, de fait, justement dans les névroses, que nous étudions […] le moi se sent mal à l’aise, il touche aux limites de sa puissance en sa propre maison, l’âme. Des pensées surgissent subitement dont on ne sait d’où elles viennent; on n’est pas non plus capable de les chasser. Ces hôtes étrangers semblent même être plus forts que ceux qui sont soumis au moi.

Martine Gasparov. Saveurs et savoir

« Manger seul est malsain pour un philosophe. » E. Kant
Si l’homme ne vit assurément pas pour manger, il ne mange pas non plus uniquement pour vivre. En quittant le cycle organique de la réplétion physique, le repas crée un cercle, celui des relations humaines et parlantes. Lieu d’échanges, mais aussi de rivalités et de conflits souvent dissimulés.

Nicolas Grimaldi. Philosophe ou sophiste

Platon avait dû reconnaître qu’il n’y avait guère plus de différence entre un philosophe et un sophiste qu’entre un chien et un loup. Apparemment, ils sont en effet fort semblables. L’un et l’autre ne produisent rien, ne fabriquent rien, et parviennent à leur fin en parlant, par la magie de leur persuasion. Pourtant, un chien est tout le contraire d’un loup, de même qu’un philosophe est tout l’opposé d’un sophiste.

Nicolas Grimaldi. Le snobisme

Le snobisme a deux faces. Tantôt un petit groupe se réjouit d’aimer ce que personne hors de lui n’aurait l’audace d’apprécier. Moins son goût risque d’être partagé, plus en éprouve-t-il la rareté comme celle d’un privilège. Le snobisme consiste alors à jouir d’autant plus d’une chose que la plupart en sont exclus. C’est le snobisme des avant-gardes.

Georg W. F. Hegel. La responsabilité de la liberté

Les choses de la nature n’existent qu’immédiatement et d’une seule façon, tandis que l’homme, parce qu’il est esprit, a une double existence; il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais d’autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui -même et n’est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi.

Thomas Hobbes. La force contraignante de la loi

« Ce n’est pas la vérité, mais l’autorité qui fait la loi » Thomas Hobbes
Avec sa théorie du Léviathan qui représente l’État comme un « dieu mortel », Hobbes a assuré la légitimation de l’absolutisme d’État. Néanmoins, il est aussi un penseur proto-libéral, parce qu’il est le premier à dissocier la légitimité politique de la vérité.

Thomas Hobbes. La guerre

Tous les auteurs demeurent d’accord en ce point, que la loi de nature est la même que la loi morale. Voyons quelles sont les raisons qui prouvent cette vérité. Il faut donc savoir que ces termes de bien et de mal sont des noms imposés aux choses, afin de témoigner le désir ou l’aversion de ceux qui leur donnent ce titre.

Thomas Hobbes. Vivre en paix

Nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de discorde : tout d’abord, la compétition; en second lieu, la défiance; et, en troisième lieu, la gloire. La première pousse les hommes à s’attaquer en vue du gain, la seconde en vue de la sécurité, et la troisième en vue de la réputation.

Edmund Husserl. La clarification absolue

Toute vie humaine éveillée se poursuit au moyen d’efforts et d’actions extérieurs et intérieurs. Mais toute action est motivée par des intentions, des convictions: ce sont des intentions relatives à l’être, se rapportant à des réalités du monde réel environnant, mais aussi des intentions visant des valeurs, des intentions concernant le beau ou le laid, le bien et le mal, l’utile ou l’inutile, etc.

Eugène Ionesco. L’homme pressé

L’homme moderne, universel, c’est l’homme pressé, il n’a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu’une chose puisse ne pas être utile; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c’est l’utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si on ne comprend pas l’utilité de l’inutile, l’inutilité de l’utile, on ne comprend pas l’art.

François Jacob. Être égaux, est-ce être identiques ?

Par une singulière équivoque, on cherche à confondre deux notions pourtant bien distinctes: l’identité et l’égalité. L’une se réfère aux qualités physiques ou mentales des individus; l’autre à leurs droits sociaux et juridiques. La première relève de la biologie et de l’éducation; la seconde de la morale et de la politique.

Karl Jaspers. L’indépendance philosophique

Quand nous pensons, nous sommes obligés de recourir à des intuitions qui doivent nous être données; sur le plan pratique, nous avons besoin des autres, d’un échange de services avec eux, qui rende possible notre vie. En tant qu’êtres libres, nous avons besoin d’autres êtres libres avec lesquels puisse s’établir la communication.

Emmanuel Kant. Constitutions républicaine et démocratique

Pour éviter de confondre la constitution républicaine avec la constitution démocratique, comme on le fait communément, il faut faire les remarques suivantes.
Les formes d’un État (civitas) peuvent être divisées soit d’après la distinction entre les personnes qui détiennent la souveraineté, soit d’après la manière dont un peuple est gouverné par son souverain, quel qu’il soit.

Emmanuel Kant. Sans discipline, l’homme reste sauvage

La discipline nous fait passer de l’état animal à celui d’homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu’il peut être; une raison étrangère a pris d’avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l’homme a besoin de sa propre raison. Il n’a pas d’instinct, et il faut qu’il se fasse à lui-même son plan de conduite.

Emmanuel Kant. Ne rien faire ?

La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse l’agencement mécanique de son existence animale et qu’il ne participe à aucun autre bonheur ou à aucune autre perfection que ceux qu’il s’est créés lui-même, libre de l’instinct, par sa propre raison.

Emmanuel Kant. L´idée de progrès …

C’est un projet à vrai dire étrange, et en apparence extravagant, que de vouloir composer une histoire d’après l’idée de la marche que le monde devrait suivre, s’il était adapté à des buts raisonnables certains. Il semble qu’avec une telle intention, on ne puisse aboutir qu’à un roman.

Emmanuel Kant. Le pouvoir du « je »

Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne.

Emmanuel Kant. La mort est impensable

La peur de la mort qui est naturelle à tous les hommes, même aux plus malheureux, et fût-ce au plus sage, n’est pas un frémissement d’horreur devant le fait de périr, mais comme le dit justement Montaigne, devant la pensée d’avoir péri (d’être mort).

Emmanuel Kant. Dire la vérité, un impératif catégorique

Si tu as, par exemple, empêché d’agir par un mensonge quelqu’un qui se trouvait avoir alors des intentions meurtrières, tu es responsable d’un point de vue juridique de toutes les conséquences qui pourraient en résulter. Mais si tu t’en es tenu strictement à la vérité, la justice publique ne peut rien te faire quelles que soient les conséquences imprévues.

Peter Kemp. Le pouvoir de la parole

Les philosophes sont les gardiens de la raison. Recourir à la philosophie comme à un anesthésique ou la mettre au profit d’un discours ou message de haine démagogue et racoleur, ne peut donc qu’aller à l’encontre du but recherché. Le bon philosophe est en effet impliqué dans sa cause. Il parle avec ferveur de ce qu’il croit et garde la tête froide même face aux critiques les plus dures.

Marcel Légaut. Humain

Ce qui semble caractériser l’homme parmi les autres vivants ce n’est pas seulement d’être un « vivant » connaissant, mais un vivant qui connaît, qui est capable de mettre une distance entre lui et l’activité d’où lui vient la connaissance qu’il peut atteindre du réel, qui ainsi, en se distanciant de cette activité, se montre en mesure de pouvoir ne pas en demeurer seulement l’agent passif, voire le théâtre.

Marcel Légaut. Recherche et attente

Attente et recherche vont de pair dès le début de la vie spirituelle, et toujours davantage à mesure qu’avec l’approfondissement humain l’une et l’autre s’intensifient. La recherche conduit à l’attente de ce qui doit la rendre efficace, et, inversement, l’attente est l’aiguillon de la recherche. Sans l’attente, la recherche piétine sur sa propre foulée. Sans la recherche, l’attente, trop passive, n’est ordinairement que paresse.

Marcel Légaut. Transformer la société

L’homme fait partie d’une société, mais cette société est pour lui un tombeau si, d’une manière ou d’une autre, il ne la transforme pas. L’homme est plus grand que la société d’où il sort, où il vit et dont il a besoin pour vivre. Il est transcendant au social. Si cette terre a un sens, elle ne l’a que par l’intermédiaire de l’homme qui a trouvé son propre sens.

Emmanuel Lévinas. La lassitude en amitié

Il existe une lassitude qui est lassitude de tout et de tous, mais surtout lassitude de soi. Ce qui lasse alors, ce n’est pas une forme particulière de notre vie – notre milieu, parce qu’il est banal et morne, notre entourage, parce qu’il est vulgaire et cruel – la lassitude vise l’existence même.

Emmanuel Lévinas. Regarder autrui face à face

Je pense que l’accès au visage est d’emblée éthique. C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire, que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet. La meilleure manière de rencontrer autrui, c’est de ne pas même remarquer la couleur de ses yeux !

Emmanuel Lévinas. Visage et discours

Visage et discours sont liés. Le visage parle. Il parle, en ceci que c’est lui qui rend possible et commence tout discours. Je refuse la notion de vision pour décrire la relation authentique avec autrui; c’est le discours, et, plus exactement, la réponse ou la responsabilité, qui est cette relation authentique. J’ai toujours distingué, en effet, dans le discours, le dire et le dit.

Emmanuel Lévinas. Le visage, expérience de l’autre

Le visage, c’est finalement l’expérience de l’autre, la rencontre de l’étrangeté en face et au-dessus de moi, la butée de l’extériorité. Il faut en parler d’abord en termes d’opposition et de non-réductibilité à un genre universel ou commun. « Toi, c’est toi. » Autrui me fait face, marquant du coup une distance infranchissable. Il vient d’une région que je ne rejoindrai jamais.

Claude Lévi-Strauss. Le respect de la nature

« Nous entourons d’une véritable vénération certaines synthèses… les œuvres des grands artistes : peintres, sculpteurs, musiciens. Nous construisons des musées qui sont un peu l’équivalent des temples d’autres sociétés, pour les y recueillir, et il nous apparaîtrait comme un désastre, une catastrophe universelle, que toute l’œuvre de Rembrandt ou de Michel-Ange fût anéantie. » Claude Lévi-Strauss

Marc Aurèle. L’homme est capable de sagesse

Chaque être doit accomplir ce qui est en accord avec sa constitution. Tous les autres êtres ont été constitués en vue des êtres raisonnables, comme, dans n’importe quel ordre, les choses inférieures en vue des supérieures, mais les êtres raisonnables l’ont été les uns pour les autres. Dans la constitution de l’homme, le caractère essentiel est donc la sociabilité.

Michel de Montaigne. Foi et naïveté

Ce n’est peut-être pas sans bien-fondé que nous attribuons à la naïveté et à l’ignorance la facilité de croire et de se laisser persuader : car il me semble avoir appris autrefois que la croyance c’était comme une empreinte qui se faisait en notre âme et [que], dans la mesure où celle-ci se trouvait plus molle et de moindre résistance, il était plus aisé d’y imprimer quelque chose.

Emmanuel Mounier. La personne : un objet ?

La personne n’est pas un objet. Elle est même ce qui dans chaque homme ne peut être traité comme un objet. Voici mon voisin. Il a de son corps un sentiment singulier que je ne puis éprouver; mais je puis regarder ce corps de l’extérieur, en examiner les humeurs, les hérédités, la forme, les maladies, bref le traiter comme une matière de savoir physiologique, médical, etc.

▷ Marc-Alain Ouaknin. L’humour juif

« Le vieux Moshé harcèle Dieu à la synagogue : Seigneur, qu’est-ce que c’est pour Toi mille ans ? Une minute ! Qu’est-ce que c’est pour Toi un million ? Un centime ! Seigneur, fais-moi cadeau d’un centime ! Une voix lui répond : Attends une minute ! »

Blaise Pascal. Vanité de l’existence sans Dieu

Voici quel est le discours de l’athée : « Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde, ni que moi-même; je suis dans une ignorance terrible de toutes choses; je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste.

▷ Louis Pernot. Paul vit un rien qui était Dieu

Il y a dans les Actes de Apôtres un passage si dérangeant que tous les traducteurs le transforment pour maquiller la difficulté. Il s’agit de se passage : « Paul fut relevé de terre et, ses yeux ayant été ouverts, il voyait rien. » On ne comprend pas, en effet, pourquoi il ne voit rien s’il a les yeux ouverts.

André Perrin. Religion et violence

Le terrorisme qui sévit actuellement sur la planète, dans les pays occidentaux comme en Orient, se réclame de la religion. Qu’il soit réellement motivé par celle-ci ou qu’elle lui serve seulement de légitimation a posteriori, la question s’en trouve posée des rapports entre violence et religion et plus précisément de l’inscription de celle-là dans les textes sacrés.

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