Gildas Richard. De la confiance

La confiance, pense-t-on, ne va pas sans conditions. On ne peut l’accorder à n’importe qui les yeux fermés, ni réclamer d’autrui qu’il nous l’accorde aveuglément sans la dégrader en simple crédulité. On dit d’elle justement qu’elle se mérite, et qu’en être digne est chose difficile et rare.

Gildas Richard. La liberté et ses manifestations

La manière la plus courante de concevoir la liberté est celle qui consiste à la définir comme l’état de celui qui peut faire ce qu’il veut. Une telle définition est aussi bien incontestablement juste que tout à fait insuffisante, ou même tout simplement fausse, en raison des significations fort diverses qu’elle peut revêtir.

Paul Ricoeur. Le pardon, contraire de l’oubli

Le pardon est le contraire de l’oubli de fuite. On ne peut pardonner que ce qui n’a pas été oublié. Ce qui doit être brisé c’est la dette, non le souvenir. Mais, d’un autre côté, le pardon accompagne l’oubli actif, celui que nous avons lié au travail de deuil; et c’est en ce sens qu’il guérit.

▷ Paul Ricoeur. La phénoménologie

En 1957, sept ans après la parution de sa traduction française du livre fondateur de Husserl, les Idées directrices pour une phénoménologie, le philosophe Paul Ricoeur exposait dans une émission radiodiffusée comment la pensée de ce philosophe allemand avait marqué une rupture dans l’histoire de la philosophie.

Olivier Abel. Paul Ricoeur et le scepticisme

La grande question de Ricœur a été celle du scepticisme. Il s’est battu sur deux fronts : contre ceux qui pensent que le sujet humain n’existe pas et que tout en lui peut être réduit à des structures, et contre ceux qui pensent que l’asymétrie entre les êtres humains est telle qu’il n’y a jamais entre eux de véritable dialogue.

Gilbert Ryle. Corps et esprit : erreur de catégorie

Je parlerai souvent de la doctrine reçue que je viens de résumer1 comme du « dogme du fantôme dans la machine ». L’injure est délibérée. J’espère montrer que cette doctrine est complètement fausse, fausse en principe et non en détail car elle n’est pas seulement un assemblage d’erreurs particulières mais une seule grosse erreur d’un genre particulier, à savoir une erreur de catégorie.

Thierry de Saussure. La mission de l’Église

Rappelons-le, la mission de l’Église procède de la Parole d’un Autre, d’un Autre trinitaire de surcroît, c’est-à-dire relationnel en son être même. Lorsqu’au lieu de la transmettre, l’institution ecclésiale capte cette Parole en s’en prétendant la seule garante, elle replie la relation triangulaire (Dieu vivant, le croyant et la communauté) sur deux pôles: le croyant et la Loi.

Thierry de Saussure. Les analyses freudiennes de la religion

Tant l’analyse freudienne de la religion, que l’expérience quotidienne de la pratique psychanalytique démontrent aisément qu’il y a suffisamment de pressions et de conflits dans l’inconscient pour développer, collectivement et au long des siècles, les processus qui animent toutes les grandes religions de diverses cultures, y compris la « religion chrétienne », du moins à son niveau populaire.

Sénèque. La vie est-elle vraiment courte ?

La plupart des mortels se plaignent de l’injuste rigueur de la nature, de ce que nous naissons pour une vie si courte, de ce que la mesure de temps qui nous est donnée fuit avec tant de vitesse, tarit de rapidité, qu’à l’exception d’un très-petit nombre, la vie délaisse le reste des hommes, au moment où ils s’apprêtaient à vivre.

Socrate. Les trois cribles

Un homme aborde Socrate.
– II faut absolument que je te raconte, dit-il, visiblement excité, aurais-tu jamais cru cela ? Tu sais, ton ami… – Arrête ! l’interrompt Socrate, as-tu passé ce que tu désires si ardemment me communiquer par les trois cribles : vérité, bonté, nécessité ?

Baruch Spinoza. La stabilité de l’État

C’est une chose certaine en effet, les hommes sont nécessairement soumis à des affects, sont faits de telle sorte qu’ils éprouvent de la pitié pour ceux qui ont du malheur, de l’envie pour ceux qui ont du bonheur; qu’ils sont plus portés à la vengeance qu’à la pitié; de plus chacun désire que les autres vivent conformément à sa propre complexion.

Baruch Spinoza. Raison et superstition

Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un avis arrêté, ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais en proie à aucune superstition; mais ils en sont souvent réduis à une telle extrémité qu’ils ne peuvent s’arrêter à un avis.

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