Be­noît XVI. Tite et Ti­mo­thée, amis de Paul

Paul consigne les épîtres à Ti­mo­thée, dé­tail, XIIIe s.
Ca­thé­drale de Mon­reale, Palerme 

26 jan­vier

Les deux col­la­bo­ra­teurs les plus proches de Paul : Ti­mo­thée et Tite. C’est à eux que sont adres­sées trois Lettres tra­di­tion­nel­le­ment at­tri­buées à Paul, dont deux sont des­ti­nées à Ti­mo­thée et une à Tite.

Ti­mo­thée est un nom grec et si­gni­fie « qui ho­nore Dieu ». Alors que dans les Actes, Luc le men­tionne six fois, dans ses Lettres, Paul fait ré­fé­rence à lui au moins à dix-sept re­prises (on le trouve en plus une fois dans la Lettre aux Hé­breux). On en dé­duit qu’il jouis­sait d’une grande consi­dé­ra­tion aux yeux de Paul, même si Luc ne consi­dère pas utile de nous ra­con­ter tout ce qui le concerne. En ef­fet, l’A­pôtre le char­gea de mis­sions im­por­tantes et vit en lui comme un al­ter ego, ain­si qu’il res­sort du grand éloge qu’il en fait dans la Lettre aux Phi­lip­piens : « Je n’ai en ef­fet per­sonne d’autre (isó­psy­chon) qui par­tage vé­ri­ta­ble­ment avec moi le sou­ci de ce qui vous concerne. » (2, 20)

Ti­mo­thée était né à Lystres (en­vi­ron 200 km au nord-ouest de Tarse) d’une mère juive et d’un père païen (cf. Ac 16, 1). Le fait que sa mère ait contrac­té un ma­riage mixte et n’ait pas fait cir­con­cire son fils laisse pen­ser que Ti­mo­thée a gran­di dans une fa­mille qui n’é­tait pas stric­te­ment ob­ser­vante, même s’il est dit qu’il connais­sait l’Écriture dès l’en­fance (cf. 2 Tm 3, 15). Le nom de sa mère, Eu­ni­kè, est par­ve­nu jus­qu’à nous, ain­si que le nom de sa grand-mère, Loïs (cf. 2 Tm 1, 5). Lorsque Paul pas­sa par Lystres au dé­but du deuxième voyage mis­sion­naire, il choi­sit Ti­mo­thée comme com­pa­gnon, car « à Lystres et à Ico­nium, il était es­ti­mé des frères » (Ac 16, 2), mais il le fit cir­con­cire « pour te­nir compte des juifs de la ré­gion » (Ac 16, 3). Avec Paul et Si­las, Ti­mo­thée tra­verse l’A­sie mi­neure jus­qu’à Troas, d’où il passe en Ma­cé­doine. Nous sommes en outre in­for­més qu’à Phi­lippes, où Paul et Si­las furent vi­sés par l’ac­cu­sa­tion de trou­bler l’ordre pu­blic et furent em­pri­son­nés pour s’être op­po­sés à l’ex­ploi­ta­tion d’une jeune fille comme voyante de la part de plu­sieurs in­di­vi­dus sans scru­pules (cf. Ac 16, 16-40), Ti­mo­thée fut épar­gné. En­suite, lorsque Paul fut contraint de pour­suivre jus­qu’à Athènes, Ti­mo­thée le re­joi­gnit dans cette ville et, de là, il fut en­voyé à la jeune Église de Thes­sa­lo­nique pour avoir de ses nou­velles et pour la confir­mer dans la foi (cf. 1 Th 3, 1-2). Il re­trou­va en­suite l’A­pôtre à Co­rinthe, lui ap­por­tant de bonnes nou­velles sur les Thes­sa­lo­ni­ciens et col­la­bo­rant avec lui à l’é­van­gé­li­sa­tion de cette ville (cf. 2 Co 1, 19).

Nous re­trou­vons Ti­mo­thée à Éphèse au cours du troi­sième voyage mis­sion­naire de Paul. C’est pro­ba­ble­ment de là que l’A­pôtre écri­vit à Phi­lé­mon et aux Phi­lip­piens, et dans ces deux lettres, Ti­mo­thée ap­pa­raît comme le co-ex­pé­di­teur (cf. Phm 1 ; Ph 1, 1). D’Éphèse, Paul l’en­voya en Ma­cé­doine avec un cer­tain Éraste (cf. Ac 19, 22) et, en­suite, éga­le­ment à Co­rinthe, avec la tâche d’y ap­por­ter une lettre, dans la­quelle il re­com­man­dait aux Co­rin­thiens de lui faire bon ac­cueil (cf. 1 Co 4, 17 ; 16, 10-11). Nous le re­trou­vons en­core comme co-ex­pé­di­teur de la deuxième Lettre aux Co­rin­thiens, et quand, de Co­rinthe, Paul écrit la Lettre aux Ro­mains, il y unit, avec ceux des autres, les sa­luts de Ti­mo­thée (cf. Rm 16, 21). De Co­rinthe, le dis­ciple re­par­tit pour re­joindre Troas sur la rive asia­tique de la Mer Égée et y at­tendre l’A­pôtre qui se di­ri­geait vers Jé­ru­sa­lem, en conclu­sion de son troi­sième voyage mis­sion­naire (cf. Ac 20, 4). A par­tir de ce mo­ment, les sources an­tiques ne nous ré­servent plus qu’une brève ré­fé­rence à la bio­gra­phie de Ti­mo­thée, dans la Lettre aux Hé­breux où on lit : « Sa­chez que notre frère Ti­mo­thée est li­bé­ré. J’i­rai vous voir avec lui s’il vient as­sez vite. » (13, 23) En conclu­sion, nous pou­vons dire que la fi­gure de Ti­mo­thée est pré­sen­tée comme celle d’un pas­teur de grand re­lief. Se­lon l’­His­toire ec­clé­sias­tique d’Eu­sèbe, écrite pos­té­rieu­re­ment, Ti­mo­thée fut le pre­mier Évêque d’Éphèse (cf. 3, 4). Plu­sieurs de ses re­liques se trouvent de­puis 1239 en Ita­lie, dans la ca­thé­drale de Ter­mo­li, dans le Mo­lise, pro­ve­nant de Constantinople.

Quant à la fi­gure de Tite, dont le nom est d’o­ri­gine la­tine, nous sa­vons qu’il était grec de nais­sance, c’est-à-dire païen (cf. Gal 2, 3). Paul le condui­sit avec lui à Jé­ru­sa­lem pour par­ti­ci­per au Concile apos­to­lique, dans le­quel fut so­len­nel­le­ment ac­cep­tée la pré­di­ca­tion de l’Évangile aux païens, sans les contraintes de la loi mo­saïque. Dans la Lettre qui lui est adres­sée, l’A­pôtre fait son éloge, le dé­fi­nis­sant comme son « vé­ri­table en­fant se­lon la foi qui nous est com­mune » (Tt 1, 4). Après le dé­part de Ti­mo­thée de Co­rinthe, Paul y en­voya Tite avec la tâche de re­con­duire cette com­mu­nau­té in­do­cile à l’o­béis­sance. Tite ra­me­na la paix entre l’Église de Co­rinthe et l’A­pôtre, qui écri­vit à celle-ci en ces termes : « Pour­tant, le Dieu qui ré­con­forte les humbles nous a ré­con­for­tés par la ve­nue de Tite, et non seule­ment par sa ve­nue, mais par le ré­con­fort qu’il avait trou­vé chez vous : il nous a fait part de votre grand dé­sir de nous re­voir, de votre dé­so­la­tion, de votre amour ar­dent pour moi… En plus de ce ré­con­fort, nous nous sommes ré­jouis en­core bien da­van­tage à voir la joie de Tite : son es­prit a été plei­ne­ment tran­quilli­sé par vous tous. » (2 Co 7, 6-7.13) Tite fut en­suite en­voyé en­core une fois à Co­rinthe par Paul - qui le qua­li­fie comme « mon com­pa­gnon et mon col­la­bo­ra­teur » (2 Co 8, 23) - pour y or­ga­ni­ser la conclu­sion des col­lectes en fa­veur des chré­tiens de Jé­ru­sa­lem (cf. 2 Co 8, 6). Des nou­velles sup­plé­men­taires pro­ve­nant des Lettres pas­to­rales le qua­li­fient d’Évêque de Crète (cf. Tt 1, 5), d’où sur l’in­vi­ta­tion de Paul, il re­joint l’A­pôtre à Ni­co­po­lis en Épire (cf. Tt 3, 12). Il se ren­dit en­suite éga­le­ment en Dal­ma­tie (cf. 2 Tm 4, 10). Nous ne pos­sé­dons pas d’autres in­for­ma­tions sur les dé­pla­ce­ments suc­ces­sifs de Tite et sur sa mort.

En conclu­sion, si nous consi­dé­rons de ma­nière uni­taire les deux fi­gures de Ti­mo­thée et de Tite, nous nous ren­dons compte de plu­sieurs don­nées très si­gni­fi­ca­tives. La plus im­por­tante est que Paul s’ap­puya sur des col­la­bo­ra­teurs dans l’ac­com­plis­se­ment de ses mis­sions. Il reste cer­tai­ne­ment l’A­pôtre par an­to­no­mase, fon­da­teur et pas­teur de nom­breuses Églises. Il ap­pa­raît tou­te­fois évident qu’il ne fai­sait pas tout tout seul, mais qu’il s’ap­puyait sur des per­sonnes de confiance qui par­ta­geaient ses peines et ses res­pon­sa­bi­li­tés. Une autre ob­ser­va­tion concerne la dis­po­ni­bi­li­té de ces col­la­bo­ra­teurs. Les sources concer­nant Ti­mo­thée et Tite mettent bien en lu­mière leur promp­ti­tude à as­su­mer des charges di­verses, consis­tant sou­vent à re­pré­sen­ter Paul éga­le­ment en des oc­ca­sions dif­fi­ciles. En un mot, ils nous en­seignent à ser­vir l’Évangile avec gé­né­ro­si­té, sa­chant que ce­la com­porte éga­le­ment un ser­vice à l’Église elle-même. Re­cueillons en­fin la re­com­man­da­tion que l’A­pôtre Paul fait à Tite, dans la lettre qui lui est adres­sée : « Voi­là une pa­role sûre, et je veux que tu t’en portes ga­rant, afin que ceux qui ont mis leur foi en Dieu s’ef­forcent d’être au pre­mier rang pour faire le bien. » (Tt 3, 8) A tra­vers notre en­ga­ge­ment concret, nous de­vons et nous pou­vons dé­cou­vrir la vé­ri­té de ces pa­roles, et, pré­ci­sé­ment en ce temps de l’Avent, être nous aus­si riches de bonnes œuvres et ou­vrir ain­si les portes du monde au Christ, notre Sauveur.

Be­noît XVI, Au­dience gé­né­rale du 13 dé­cembre 2006
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