▷ Fran­çois de Sales. Rien par force, tout par amour

Jean-Claude Four­nier, La ré­forme ca­tho­lique, Fran­çois de Sales
A vue d’Es­prit, © RTS

Jean Mo­rin (~1605-1650)
Saint Fran­çois de Sales, gra­vure

L’un des meilleurs usages que nous sau­rions faire de la dou­ceur, c’est de nous l’appliquer à nous mêmes, ne dé­pi­tant ja­mais contre nous ni contre nos im­per­fec­tions ; car en­core que la rai­son veut que lorsque nous fai­sons des fautes nous en soyons contris­tés et mar­ris, il faut néan­moins que nous em­pê­chions d’en avoir une dé­plai­sance aigre et cha­grine, dé­pi­teuse et co­lère. En quoi font une grande faute plu­sieurs qui, s’étant mis en co­lère, se cour­roucent de s’être cour­rou­cés, ont du dé­pit de s’être dé­pi­tés ; car par ce moyen ils tiennent leur cœur confit et dé­trem­pé en la co­lère, et il semble que la se­conde co­lère ruine la pre­mière, de sorte qu’elle sert d’ouverture et de pas­sage pour une nou­velle co­lère à la pre­mière oc­ca­sion qui se pré­sen­te­ra ; outre que ces co­lères contre soi-même tendent à l’orgueil et n’ont ori­gine que de l’amour propre, qui se trouble et s’inquiète de nous voir imparfaits.

Il faut donc avoir un dé­plai­sir de nos fautes qui soit pai­sible, ras­sis et ferme. Nous nous châ­tions bien mieux nous-mêmes par des re­pen­tances tran­quilles et constantes que par des re­pen­tances aigres, em­pres­sées et co­lères, d’autant que ces re­pen­tances faites avec im­pé­tuo­si­té ne se font pas se­lon la gra­vi­té de nos fautes, mais se­lon nos inclinations.

Croyez-moi, comme les re­mon­trances d’un père, faites dou­ce­ment et cor­dia­le­ment, ont bien plus de pou­voir sur un en­fant pour le cor­ri­ger que les co­lères et cour­roux ; ain­si, quand notre cœur au­ra fait quelques fautes, si nous le re­pre­nons avec des re­mon­trances douces et tran­quilles, ayant plus de com­pas­sion de lui que de com­pas­sion contre lui, l’encourageant à l’amendement, la re­pen­tance qu’il en conce­vra en­tre­ra bien plus avant, et pé­né­tre­ra mieux que ne le fe­rait une re­pen­tance dé­pi­teuse, ir­ri­tée et tempétueuse.

St Fran­çois de Sales (1567-1622), In­tro­duc­tion à la vie dé­vote, par­tie III, cha­pitre 9
> Bio­gra­phie