Alain Abel­hau­ser. Un doute infini

L’ob­ses­sion­nel en 40 le­çons
> Seuil

Qu’est-ce qu’un ob­ses­sion­nel ? Quelqu’un comme vous et moi, peut-être ? Oui, mais qui doute. Non parce qu’il ne se­rait pas sûr de lui. Mais parce que ce doute lui est né­ces­saire pour dé­si­rer. Pour vivre. Ou, plu­tôt, pour ne pas mou­rir tout à fait.

Alors il « pro­cras­tine », s’interdit de réa­li­ser la plu­part de ses dé­si­rs, ou s’en fait au contraire un de­voir – ce qui re­vient presque au même. Alors il vit le sexe comme un em­bar­ras, l’amour comme son évi­te­ment, la ré­pé­ti­tion comme un re­fuge, la mort comme un re­cours, et la pen­sée (parce qu’il ne peut s’empêcher de croire en sa toute-puis­sance ma­gique) comme une me­nace. Dont il lui faut donc se pro­té­ger. En se fai­sant dé­bile, par exemple. En se sen­tant cou­pable de tout, quand bien même n’accepte-t-il d’être res­pon­sable de rien. En ru­mi­nant, en priant, en étant en dette pour la vie – et seul pour toujours.

Alain Abel­hau­ser est psy­cha­na­lyste et pro­fes­seur en psy­cho­pa­tho­lo­gie cli­nique à l’université Rennes-2.