M.-N. Tha­but. Aimez-vous les uns les autres


Marie-Noëlle Tha­but, bibliste

Jn 15, 9-17
En ce temps-là, Jésus disait à ses dis­ciples :
9 « Comme le Père m’a aimé,
moi aus­si je vous ai aimés.
Demeu­rez dans mon amour.
10 Si vous gar­dez mes com­man­de­ments, 
vous demeu­re­rez dans mon amour,
comme moi, 
j’ai gar­dé les com­man­de­ments de mon Père, 
et je demeure dans son amour.
11 Je vous ai dit cela
pour que ma joie soit en vous, 
et que votre joie soit par­faite.
12 Mon com­man­de­ment, le voi­ci : 
Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés.
13 Il n’y a pas de plus grand amour
que de don­ner sa vie pour ceux qu’on aime.
14 Vous êtes mes amis 
si vous faites ce que je vous com­mande.
15 Je ne vous appelle plus ser­vi­teurs,
car le ser­vi­teur ne sait pas ce que fait son maître ;
je vous appelle mes amis,
car tout ce que j’ai enten­du de mon Père,
je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’a­vez choi­si, 
c’est moi qui vous ai choi­sis et éta­blis,
afin que vous alliez,
que vous por­tiez du fruit, 
et que votre fruit demeure. 
Alors, tout ce que vous deman­de­rez au Père en mon nom,
il vous le don­ne­ra.
17 Voi­ci ce que je vous com­mande : 
c’est de vous aimer les uns les autres. »

DIEU VEUT LA JOIE DES HOMMES
«Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit par­faite. » Voi­là une bonne nou­velle dans ce texte ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c’est pour les com­bler de joie. Et la rai­son de cette joie, c’est que la vie de Jésus n’a été qu’amour, à l’image de son Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aus­si je vous ai aimés. » Nous sommes tout à fait dans la ligne de la deuxième lec­ture : quand l’humanité connaî­tra enfin Dieu tel qu’Il est, elle sera com­blée de joie. Plus on lit la Bible, plus on est frap­pé de cette insis­tance : le seul pro­blème de l’humanité, c’est de ne pas connaître Dieu, de se trom­per sur Lui. Elle le prend pour un Juge ter­rible, alors que c’est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants.

Dès l’Ancien Tes­ta­ment, tout le tra­vail des pro­phètes a consis­té à révé­ler ce vrai visage du Dieu de ten­dresse et de pitié, comme le disent les psaumes, un Dieu qui veut notre joie. Voi­ci quelques phrases d’Isaïe, par exemple : « Ils revien­dront, ceux que le Sei­gneur a rache­tés, ils arri­ve­ront à Sion avec des cris de joie. Sur leurs visages, une joie sans limite ! Allé­gresse et joie vien­dront à leur ren­contre, tris­tesse et plainte s’enfuiront. » (Is 35, 10) « C’est un enthou­siasme et une exul­ta­tion per­pé­tuels que je vais créer : en effet l’exultation que je vais créer, ce sera Jéru­sa­lem, et l’enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j’exulterai au sujet de Jéru­sa­lem et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple ! » (Is 65, 18-19)

À noter que ces pas­sages sont des textes tar­difs de l’Ancien Tes­ta­ment, cela veut dire que la Révé­la­tion a déjà fait du che­min. Sopho­nie ose même dire que Dieu danse de joie quand ses enfants sont heu­reux : « Crie de joie, fille de Sion, pousse des accla­ma­tions, Israël, réjouis-toi, ris de tout ton cœur, fille de Jérusalem…

« Le Sei­gneur a levé les sen­tences qui pesaient sur toi, il a détour­né ton enne­mi. Le roi d’Israël, le Sei­gneur lui-même est au milieu de toi, tu n’auras plus à craindre le mal. En ce jour, on dira à Jéru­sa­lem : N’aie pas peur, Sion, que tes mains ne fai­blissent pas.

« Le Sei­gneur ton Dieu est au milieu de toi en héros vain­queur. Il est tout joyeux à cause de toi, dans son amour, il te renou­velle, il danse et crie de joie à cause de toi. » (So 3, 14-17)

Mal­heu­reu­se­ment, nous avons du mal à y croire, comme si c’était trop beau. C’est seule­ment à la fin des temps que l’humanité connaî­tra enfin Dieu et donc vivra dans la joie. C’est pour cela que, dans l’Ancien Tes­ta­ment, la joie est tou­jours pré­sen­tée comme une carac­té­ris­tique du salut que l’humanité attend. Quand Dieu « répan­dra son Esprit sur toute chair », comme le dit le pro­phète Joël (3,1), alors nous connaî­trons que Dieu est amour et nous serons dans la joie.

UNE JOIE QUE NUL NE NOUS RAVIRA
Le Nou­veau Tes­ta­ment dit quelle joie, déjà, a accom­pa­gné la venue de Celui qui est venu révé­ler le visage de Dieu aux hommes. A pro­pos de la nais­sance de Jean-Bap­tiste, par exemple, l’ange dit à Zacha­rie : « Sois sans crainte, Zacha­rie, ta prière a été exau­cée. Ta femme Éli­sa­beth t’enfantera un fils et tu lui don­ne­ras le nom de Jean. Tu en auras joie et allé­gresse et beau­coup se réjoui­ront de sa nais­sance. » (Lc 1, 13-14)

Puis, à pro­pos de la nais­sance de Jésus, l’ange dit aux ber­gers : « Soyez sans crainte car voi­ci, je viens vous annon­cer une bonne nou­velle, qui sera une grande joie pour le peuple : Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David un Sau­veur. » (Lc, 2, 10)

Visi­ble­ment, c’est un thème qui a beau­coup mar­qué Jean. Du der­nier soir de son Maître, il a rete­nu une grande impres­sion de joie plus forte que l’épreuve pour­tant toute proche, par exemple : « Vous l’avez enten­du, je vous ai dit : Je m’en vais et je viens à vous. Si vous m’aimiez vous vous réjoui­riez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jn 14, 28) « En véri­té, en véri­té, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamen­ter tan­dis que le monde se réjoui­ra ; vous serez affli­gés mais votre afflic­tion tour­ne­ra en joie. »

Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue. Mais lorsqu’elle a don­né le jour à l’enfant, elle ne se sou­vient plus de son acca­ble­ment, toute à la joie d’avoir mis un homme au monde.

(C’est ain­si que) Vous êtes main­te­nant dans l’affliction, mais je vous ver­rai à nou­veau, votre cœur se réjoui­ra et cette joie, nul ne vous la ravi­ra. » (Jn 16, 20-24) Et dans sa der­nière prière, Jésus dit à son Père : « Main­te­nant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plé­ni­tude. » (Jn 17, 13)

Les apôtres, à leur tour, pro­mettent aux hommes la joie : saint Jean y insiste dans ses lettres : « Et nous vous écri­vons cela, pour que notre joie soit com­plète. » (1 Jn 1, 4) « J’ai bien des choses à vous écrire, pour­tant je n’ai pas vou­lu le faire avec du papier et de l’encre. Car j’espère me rendre chez vous et vous par­ler de vive voix, afin que votre joie soit com­plète. » (2 Jn 12)

C’est peut-être à cela que l’on recon­naît les pro­phètes ou les apôtres : ce sont ceux qui révèlent aux hommes le vrai visage du Dieu de la joie. Ceux-là, quand leur heure sera venue, s’entendront dire : « C’est bien, bon et fidèle ser­vi­teur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beau­coup je t’établirai ; entre dans la joie de ton maître. » (Mt 25, 21)