Olivier Abel. Vulnérabilité et insécurité


Dans le sentiment contemporain de vulnérabilité, d’insécurité,  les cadres de la durabilité même semblent attaqués : le monde naturel, qui semblait inébranlable dans ses équilibres, la vie, qui semblait inépuisable dans ses ressources, nous apparaissent radicalement menacées, vulnérables, périssables. Si soudain, tels Noé, nous voudrions non plus changer le monde, mais juste le conserver, le sauvegarder, si nous sommes tous devenus aussi « conservateurs », à bien des égards, c’est que non seulement les créatures mais la « Création » toute entière nous semble désormais vulnérable, placée sous notre responsabilité. Nous étions partis pour la Lune ! Mais en revenant de là vers notre bonne vieille Terre, nous nous sommes rendus peu à peu compte que nous n’avions pas, à vue humaine, de planète de rechange, et que nous ne pouvions y échapper par une sorte d’exode extra-terrestre. On a beau s’acharner à tenter de redonner aux humains un corps artificiel, à produire une économie qui se croit hors sol, notre condition terrestre nous apparaît de plus en plus dans toute sa nudité, et son extrême vulnérabilité.

Olivier Abel (*1953), paru dans Rivages, 2010
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