▷ Maurice Duruflé (1902-1986). Prélude et fugue sur le nom d’Alain

Maurice Duruflé
Marie-Madeleine Duruflé-Chevalier

Prélude et fugue sur le nom d’Alain, opus 7
Sarah Soularue, organiste
Orgue Cavaillé-Coll, Abbatiale St Ouen, Rouen

Composé en 1943 à la mémoire de Jehan Alain, ami et condisciple de Maurice Duruflé tombé sous les Balles allemandes le 20 Juin 1940, cette œuvre est l’éclatante démonstration du génie contrapuntique de son auteur. Dès les toutes premières notes du prélude, la cellule mélodique La-ré-la-la-fa (transcription musicale du nom Alain) s’impose avec vigueur comme tête du premier thème. A cet élément, dont la rythmique impérieuse animée d’un implacable mouvement de triolets de croches ne se détendra qu’à la fin de l’œuvre, vient s’opposer un second thème, dérivé des six dernières notes de celui des Litanies de Jehan Alain, dont la tendresse et la gracieuse souplesse préfigure déjà l’esprit du début de la fugue. Ces deux thèmes sont développés en alternance jusqu’à la coda où, après une citation des litanies, le deuxième thème s’étire jusqu’au point d’orgue final dans une atmosphère de rêverie mélancolique. Le premier sujet de la fugue, dont la tête est également la transcription musicale du nom d’Alain, fait admirablement chanter les fonds de l’orgue. Le gracieux mélisme des lignes et le balancement de la rythmique ternaire, chers à l’auteur, confèrent à cette première fugue une sérénité que vient rompre le deuxième sujet, carillon à la rythmique vigoureuse, exposé par le plenum du récit, boite d’expression fermée. On entre alors insensiblement dans le prodigieux crescendo dont la maitrise d’écriture emporte l’auditeur dans un tourbillon euphorique, pour le mener jusqu’à la cime de l’impérieuse et grandiose péroraison, clamée par toute la puissance de l’orgue.

Olivier Soularue