Fra Angelico. Nativité

Francis Poulenc, Quem vidistis pastores
Chœur de la cathédrale de Winchester, Martin Neary, direction

Fra Angelico (~1395-1455)
Nativité (~1400)
Couvent San Marco, Florence

La sensibilité franciscaine a introduit dans la représentation de la nativité une symbolique qui marque la dévotion populaire. Le bœuf et l’âne sont devenus les compagnons emblématiques de Jésus dans la crèche. Ces deux animaux paisibles et indispensables à la vie des paysans du monde d’alors en Europe et en Méditerranée sont la figure de la réalisation des promesses messianiques où, selon la parole d’Isaïe rappelée dans la liturgie de Noël, toute la nature sera réconciliée (Cf. Is 11). La mention de la tradition franciscaine est importante pour comprendre l’esprit dans lequel ont été peintes les fresques; la tradition rapporte en effet que lors de leur dernière rencontre à Rome, Dominique et François ont parlé de leurs difficultés de fondateurs de communauté. Saint François aurait rappelé à Dominique qu’il fallait être très strict en matière de pauvreté – saint Dominique demanda que les couvents soient des maisons modestes. La réforme de l’Ordre dont témoigne l’aménagement du couvent saint Marc correspond à cette exigence de pauvreté.

Pour signifier qu’il ne s’agit pas là de stratégie pastorale, la représentation de la Nativité dans la cellule rappelle la pauvreté de la naissance du Messie. Il n’est pas couché dans l’abri où se trouvent les animaux. Fra Angelico l’a placé sur le sol nu. Manifestement  ceci n’est pas vrai, car aucune mère – et a fortiori Marie – ne pose son enfant par terre à sur quelques brins de paille! La présence du Christ nu sur la terre est la figure de sa pauvreté et du dépouillement que représente pour le Verbe de Dieu sa venue parmi les hommes.

Ainsi Fra Angelico enseigne que le mystère de l’incarnation est un mystère de dépouillement selon ce qu’a rapporté saint Paul  disant de son Seigneur : «Lui qui était de condition divine n’a pas considéré comme une proie à ravir sa grandeur divine, mais il s’est abaissé prenant une condition servile…» Posé sur la terre nue, le Verbe éternel est entré dans la précarité du temps.

En vivant dans cette précarité, le disciple de Dominique participe au mystère du salut. Il y participe par ses activités. Il y participe aussi par ses passivités. Il est en effet attaché au Christ par ce qui ne dépend pas de lui et qui fait de lui un pauvre parmi les pauvres.