Albert Anker. L’école du village

Francis Poulenc (1899-1963), La petite fille sage
Groupe Vocal de France, dir. John Alldis

Albert Anker (1831-1910)
L’école du village (1896)
Musée des Beaux-Arts, Bâle


C’est la représentation d’une salle d’école traditionnelle. Plancher grossier, éclairage faible, pas de matériel pédagogique, livre de lecture unique, bancs non individualisés, pas de vestiaires … Les filles n’ont pas de pupitres.

Les garçons sont serrés, mal assis. Ils s’affaissent sur eux-mêmes. Le maître maintient comme il peut, avec sa férule menaçante, une discipline aléatoire. Il ne peut pénétrer dans les rangs et les cancres du fond en profitent.

Pourtant cette salle représente un progrès par rapport à la « chambre d’école », comme l’illustre ce témoignage de 1806 : « Ayant de 60 à 65 écoliers renfermés dans une petite chambre avec ma femme, mes enfants, en un mot tout notre ménage. Mes petits enfants ne font que d’interrompre les écoliers, ma femme doit accoucher au plus fort de l’hiver. »

Geneviève Heller, Tiens-toi droit !, 1988

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Biographie

Le peintre Albert Anker est né à Anet (Ins en allemand), une commune suisse du canton de Berne, située dans le district d’Erlach. Il était le douzième fils d’un chirurgien vétérinaire. Il a d’abord étudié le dessin chez Louis Walhinger en 1845, mais à cette époque, il se distinguait à peine des autres étudiants.

En 1851, il commence ses études de théologie à l’université de Berne et de Halle (Allemagne). À la fin de 1853, il demande à son père la permission d’interrompre le cours et de commencer à peindre, et il obtient l’autorisation de se rendre immédiatement à Paris, ville qui l’avait enthousiasmé après un voyage qu’il avait fait en 1851. Il est l’élève du peintre suisse Charles Gleyre qui, comme beaucoup d’autres artistes suisses francophones, s’est installé dans la capitale française. Entre 1853 et 1860, il fréquente l’École impériale des Beaux-Arts, où Pierre Auguste Renoir a fait ses études. Anker devait être l’un des nombreux artistes suisses qui travaillaient en Europe, se forgeant une carrière loin de chez eux.

En 1861, comme tous les peintres de son temps, il est attiré par l’Italie. En 1864, il épouse Anna Ruefli de Langnau, avec laquelle il aura six enfants. Le couple a passé l’hiver à Paris et l’été à Anet. C’est à cette époque qu’il commence à se faire un nom en tant que peintre de portraits d’enfants. Il a peint ses enfants Louise, Marie, Maurice, Cécile, Rudi dans plusieurs de ses tableaux.

En 1869, Albert Anker commence à réaliser des projets pour le céramiste Théodore Deck, pour lequel il fera plus de 300 dessins pour la poterie au fil des ans. Vers 1870, il diversifie sa vie sociale en devenant membre du Grand Conseil du canton de Berne. Il a travaillé pour les magazines Le Magasin Pittoresque et La Revue Suisse des Beaux-Arts. En 1878, il organise la section suisse de l’Exposition universelle de Paris, à la suite de laquelle il est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

En 1890, il abandonne sa résidence à Paris pour ne plus vivre qu’à Anet. Il veut vivre dans un environnement calme, car la vie en ville ne lui donne plus ce qu’il recherche, à savoir la paix absolue de sa ville natale. En 1900, l’Université de Berne lui décerne le titre de docteur honoris causa.

La plupart des tableaux d’Anker, bien que suisses par essence, ne seraient pas déplacés par rapport à ceux des artistes de l’école de Barbizon en France ou de l’art victorien en Angleterre.

Albert Anker (1831-1910)
Stillleben mit Orangensaft und Kastanien (~1897)
Collection privée

« Stillleben mit Orangensaft und Kastanien » est basée sur une interprétation presque analytique des surfaces et des objets, pour transmettre la puissance expressive des choses quotidiennes. Le fond lugubre fait ressortir parfaitement la carafe à vin lumineuse et le verre. Au premier plan, une assiette de châtaignes repose sur la nappe de fil. Sans artifice, l’artiste explore la qualité de la lumière et du volume, et trahit les influences hollandaises et caravageoises.

Dans l’art suisse, on appréciait la précision de la forme, surtout dans les natures mortes, ainsi que l’absence de formalisme, le sens de l’artisanat et l’ingéniosité visuelle. En tant que genre, les natures mortes peuvent être considérées comme le point de départ d’une vaste analyse de la relation entre allégorie et naturalisme. Les natures mortes d’Anker préfigurent les expressionnistes du XXe siècle.


La petite fille sage

La petite fille sage est rentrée de l’’école avec son panier.
Elle a mis sur la table les assiettes et les verres lourds.
Et puis elle s’’est lavée à la pompe de la cour
Sans mouiller son tablier.
Et si le petit frère dort dans son petit lit cage,
Elle va s’asseoir sur la pierre usée
Pour voir l’’étoile du soir.