Sandro Botticelli. La Sainte Trinité

William Byrd (1540-1623), O lux beata Trinitas, Motet à six voix (1575)
The Sixteen, dir. Harry Christophers

Sandro Botticelli (1445-1510)
La Sainte Trinité (~1491)
Institut Courtauld, Londres


La retable a été commandé par l’Arte dei Medici e Speziali pour l’église Santa Elisabetta delle Convertite (it) de la via Serragli à Florence. Le couvent accueillait des prostituées repentantes puis converties à la foi catholique d’où le nom attribué au tableau : Pala delle Convertite. Le retable est dédié à Marie-Madeleine, figure de référence.

Le retable représente une Trinité verticale, dite « Trône de grâce » soit le Christ en Croix, Dieu le Père1 et la colombe du Saint-Esprit alignés verticalement ici dans une mandorle de séraphins. La composition se situe sur un fond composé d’un ciel encadré de chaque côté par des éperons rocheux devant lesquels prend place, à gauche, une Marie-Madeleine usée par les jeûnes et l’abstinence de ses pénitences, avec de très longs cheveux hirsutes et poisseux qui l’enveloppent presque entièrement ; elle dégage une intense expression de prière et saint Jean le Baptise, à droite, protecteur de Florence, portant son bâton croisé, montre, comme de coutume, le centre de la scène.

En bas de la composition, en dimensions réduites et inhabituelles se trouve l’archange Raphaël accompagnant Tobie, qui tient à la main le traditionnel poisson que l’ange lui a fait pêcher afin de sauver son père malade Tobias. L’archange est invoqué comme saint protecteur de l’arte dei Medici e degli Speziali.

La figure de Marie-Madeleine usée par ses pénitences avec très longs cheveux qui l’enveloppent presque entièrement, rappelle les représentations sculptées produites durant la même époque : la Madeleine pénitente de Donatello (1453-1455) et celle de Desiderio da Settignano (~1455). Le style de Botticelli se rapproche plutôt à la seconde composition par une meilleure tenue un peu rhétorique et un son goût plus idéalisé.

Les expressions pathétiques et les caractères des personnages sont une nouveauté pour Botticelli qui a du s’adapter au nouveau climat spirituel à Florence instauré par Savonarole. Botticelli abandonne ses inspirations allégorique et mythologique (qui avait eu tant de succès auprès de la cour des Médicis), en faveur des peintures sacrées.

Les gestes forcés et les poses renvoient à la dernière phase de l’artiste à la recherche de formes réalistes et des expressions extrêmes, soulignés par le recours aux couleurs fortes et contrastées qui semblent anticiper les thèmes du XVIe siècle.

Dans cette évolution de style, désormais très éloignée de la délicate harmonie des premières œuvres de Botticelli, on devine l’influence des sermons du moine Savonarole, qui provoqua une crise mystique et religieuse à Florence qui incita Botticelli à abandonner les thèmes profanes, mythologiques et allégoriques, son style témoignant d’une inquiétude intime dans l’environnement artistique de l’époque.

La prédelle du retable dédiée aux Histoires de Marie-Madeleine a été découpé en plusieurs parties à l’époque de sa dispersion au XIXe siècle.

Quatre éléments, peints en tempera, sont conservés au Philadelphia Museum of Art, collection John G. Johnson :

Marie-Madeleine écoutant le prêche de Jésus

« Ne me touche pas ! »

Le banquet dans la maison de Simon

Les derniers moments de Marie-Madeleine

© Wikipédia

La religion juive interdit strictement les images de Dieu
1 Dans tout l’Ancien Testament est bien présent le thème de la « recherche du visage de Dieu », le désir de connaître ce visage, le désir de voir Dieu tel qu’il est, si bien que le terme hébreu pānîm, qui signifie « visage », y apparaît pas moins de 400 fois, dont 100 se réfèrent à Dieu : 100 fois, on se réfère à Dieu, on veut voir son visage. Et pourtant, la religion juive interdit strictement les images, parce que l’on ne peut pas représenter Dieu, comme le faisaient en revanche les peuples voisins avec l’adoration des idoles ; à travers cette interdiction des images, l’Ancien Testament semble donc exclure totalement la « vision » du culte et de la piété. Que signifie alors, pour le pieux Israélite, chercher toutefois le visage de Dieu, dans la conscience qu’il ne peut y avoir aucune image ? La question est importante : d’une part, on veut dire que Dieu ne peut se réduire à un objet, comme une image que l’on prend en main, mais on ne peut pas non plus mettre quelque chose à la place de Dieu; d’autre part, toutefois, on affirme que Dieu a un visage, c’est-à-dire un « Toi » qui peut entrer en relation, qui n’est pas prisonnier de son Ciel à regarder l’humanité d’en haut. Dieu est certainement au delà de toute chose, mais il s’adresse à nous, il nous écoute, il nous voit, il parle, il établit une alliance, il est capable d’aimer. L’histoire du salut est l’histoire de Dieu avec l’humanité, c’est l’histoire de ce rapport de Dieu qui se révèle progressivement à l’homme, qui se révèle lui-même, qui révèle son visage.

Benoît XVI, Audience générale du 16 janvier 2013


O lux beáta Trínitas,
et principális Unitas,
iam sol recédit ígneus,
infúnde lumen córdibus.

Te mane laudum cármine,
te deprecémur véspere :
te nostra supplex glória
per cuncta laudet sǽcula.

Deo Patri sit glória,
Ejúsque soli Fílio,
Cum Spíritu Paráclito,
Et nunc et in perpetuum.
Amen.

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Ô bienheureuse Trinité,
lumière éternelle et souveraine unité,
le soleil se retire,
viens éclairer nos cœurs.

Que nous chantions tes louanges dès le matin.
Que nous t’adorions le soir.
Que nous célébrions ta gloire
dans toute l’éternité.

Gloire dans tous les siècles à Dieu le Père,
à son Fils unique,
et au Saint-Esprit notre Consolateur.
Amen.

Ambroise de Milan (340-397)