Georges Braque. Gui­tare et verre

Eric Satie (1866-1925), Pré­lude en tapis­se­rie
Pas­cal Rogé, piano 

Georges Braque (1882-1963)
Gui­tare et verre (1921)
Musée d’Art moderne, Paris 


Georges Braque a ini­tié un lan­gage pic­tu­ral ori­gi­nal, qui se fonde sur une nou­velle manière d’appréhender l’espace et le monde : le cubisme. Le jeune Braque avait toutes les cartes en main pour incar­ner la rup­ture de l’art moderne avec la tra­di­tion. Il n’aimait pas le roman­tisme et il se sen­tait habi­té. Braque confie : « Je porte ma lumière avec moi. »

La musique tient une place essen­tielle dans la vie et l’œuvre du peintre. Pen­dant son enfance et sa jeu­nesse au Havre, il apprend à jouer du vio­lon. Il joue aus­si de la flûte et de l’accordéon. Georges Braque aime exer­cer ses mains sur les ins­tru­ments comme il aime manier les pin­ceaux. Et son esprit voyage sou­vent entre pein­ture et musique. Il confie : « Le vase donne une forme au vide, et la musique au silence. » 

Erik Satie et Georges Braque
Georges Braque par­tage une pro­fonde ami­tié avec Erik Satie. Ils sont tous deux Nor­mands, ils ont un tem­pé­ra­ment plu­tôt soli­taire et l’es­prit grand ouvert aux autres arts. La musique est aus­si impor­tante pour Braque que les arts plas­tiques pour Satie. Ce der­nier mange chaque semaine chez Georges Braque, ils s’ins­pirent mutuel­le­ment. L’œuvre de Braque inti­tu­lée Gui­tare et verre est née de son ami­tié avec Erik Satie. Braque écrit sur la toile le mot Socrate, le titre d’un drame sym­pho­nique de Satie. Pour Georges Braque, le but de la pein­ture n’est pas la repré­sen­ta­tion, il aime peindre des ins­tru­ments de musique et il approuve la for­mule de Juan Gris : « La gui­tare fut pour les cubistes ce que la Madone était pour les pri­mi­tifs. » Les ins­tru­ments de musique attirent Braque par leur apti­tude à s’é­va­der de leur sta­tue d’ob­jet. Il confie : « L’ins­tru­ment de musique en tant qu’ob­jet a cette par­ti­cu­la­ri­té qu’on peut l’a­ni­mer en le touchant. »

Sur les toiles de Braque, les ins­tru­ments créent une musique ima­gi­naire et silen­cieuse. Georges Braque est un médi­ta­tif, il aime se réfu­gier dans le calme. Il écrit : « Atteindre ce haut lieu où la musique elle-même ne s’en­tend plus puis­qu’elle est silence, cette muette fer­veur de l’espace. »

Claude Debus­sy et Georges Braque
Erik Satie voit sou­vent Claude Debus­sy. Il vient à pieds d’Ar­cueil pour man­ger chez lui à Paris et il reçoit ses encou­ra­ge­ments cha­leu­reux. Claude Debus­sy est comme Braque atten­tif à la genèse d’une œuvre, à sa vie intime. Tous deux savent se mettre à l’é­coute de leur ins­pi­ra­tion pour lais­ser l’œuvre se déployer et s’épanouir. 

Axelle Thi­ry, © RTBF