Marc Cha­gall. Ra­chel et les idoles de son père

Oli­vier Mes­siaen (1908-1992), La Source de Vie
Jen­ni­fer Bate, orgue, Église de la Sainte-Tri­ni­té, Paris 

Marc Cha­gall (1887-1985)
Ra­chel cache les idoles de son père (1960)
Li­tho­gra­phie réa­li­sée pour l’ouvrage « La Bible » 


Ra­chel n’était pas seule­ment belle. C’était aus­si une jeune femme dé­ter­mi­née et ré­so­lue dont Ja­cob, le père d’Israël, est tom­bé amou­reux. Pour pou­voir l’épouser, il se mit au ser­vice de son père pen­dant 14 ans. Pour­tant, mal­gré cet ac­cord, Ja­cob re­fu­sa de lais­ser par­tir sa fille. Ja­cob dé­ci­da alors de s’enfuir avec Ra­chel. Avant de se mettre en route, Ra­chel vo­la les the­ra­phim (תרפים, fé­tiches) de son père.

D’après les cou­tumes de l’époque, ce­la per­met­tait à Ra­chel de bé­né­fi­cier de l’héritage de son père, au­quel elle n’avait théo­ri­que­ment pas droit en tant que fille ca­dette. Le père pour­sui­va le couple de fu­gi­tifs et fouilla leurs ba­gages. Dé­ter­mi­née, Ra­chel ca­cha les the­ra­phim dans les sa­coches de son cha­meau et s’assit des­sus. Quand son père lui or­don­na de des­cendre du cha­meau, elle pré­ten­dit se sen­tir mal et em­pê­cha ain­si son père de dé­cou­vrir les theraphim.

Cette li­tho­gra­phie montre Ra­chel as­sise en po­si­tion de sou­mis­sion face à son père qui ré­clame les the­ra­phim que sa fille lui a vo­lés. Ra­chel se trouve tou­te­fois en po­si­tion de force, comme ce­la est re­pré­sen­té sur le des­sin par le fait qu’elle soit pla­cée plus haut que son père, dans la me­sure où elle s’est li­bé­rée de l’omnipotence de son père. Ain­si Cha­gall a-t-il illus­tré de ma­nière sai­sis­sante, dans cette œuvre, un grand pro­blème exis­ten­tiel au­quel sont confron­tées, aujourd’hui en­core, de nom­breuses femmes. Mo­ra­li­té : une ac­tion por­tée par la dé­ter­mi­na­tion peut at­té­nuer une injustice !