Maurice Denis. Marthe et Marie

Gaston Litaize (1909-1991), Jeux de rythmes, Grand orgue Haerpfer-Erman, Château-Salins

> Maurice Denis (1870-1943)
Marthe et Marie (1896)
Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Lc 10, 38-42
En ce temps-là,
38 Jésus entra dans un village.
Une femme nommée Marthe le reçut.
39 Elle avait une sœur appelée Marie
qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
40 Quant à Marthe, elle était accaparée
par les multiples occupations du service.
Elle intervint et dit :
« Seigneur, cela ne te fait rien
que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ?
Dis-lui donc de m’aider. »
41 Le Seigneur lui répondit :
« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci
et tu t’agites pour bien des choses.
42 Une seule est nécessaire.
Marie a choisi la meilleure part,
elle ne lui sera pas enlevée. »


Maurice Denis, à l’âge de 15 ans, écrit dans son journal : « Oui, il faut que je sois peintre chrétien, que je célèbre tous les miracles du Christianisme, je sens qu’il le faut. » C’est donc sans surprise qu’on le retrouve, quelques années plus tard, dans le groupe des Nabis. En effet, le terme nabi signifie « prophète », « inspiré de Dieu » ou encore « celui qui est ravi dans une extase » en hébreu et arabe. Ce mouvement postimpressionniste, dont les membres se réunissent autour de Paul Sérusier, se caractérise par la planéité des figures, les contours noirs, l’intensité du coloris et les formes synthétiques. Deux courants se distinguent chez les Nabis, l’un s’attache à l’art sacré l’autre non.

La tendance mystique est conduite par Maurice Denis dont l’objectif est de renouveler l’art religieux. Il s’inspire des œuvres de Gauguin et de sa manière qu’il a de simplifier les formes mais Denis va encore plus loin que le maître. Ceci est flagrant dans Le Christ vert, dans ce tableau tous les traits de contours sont supprimés.

Paul Gauguin, Le Christ jaune (1889), Albright-Knox Art Gallery, New York
Maurice Denis, Christ vert (1890), Collection privée

On reconnaît alors ici que l’œuvre est celle de l’auteur de la célèbre sentence : « Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

Saintes Femmes au tombeau (1894), Musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye
Perros-Guirec, Jésus chez Marthe et Marie (1917), Collection privée

Maurice Denis intègre dans ses scènes mystiques dans des paysages familiers. Dans Saintes Femmes au tombeau (Matinée de Pâques), on aperçoit en arrière plan la colline de Saint-Germain-en-Laye, ville dans laquelle vit l’artiste. Dans Perros-Guirec, Jésus chez Marthe et Marie, ce n’est pas seulement un décor familial qu’il intègre à la scène biblique mais sa femme, Marthe. Cette introduction du divin dans le cadre de la vie quotidienne et chrétienne contribue à créer des images d’une poésie et d’une pureté toutes particulières. Une spiritualité d’un nouvel ordre est accentuée par l’emploie des couleurs qui donne toujours aux scènes une luminosité originale : une lumière divine.

Dans Saintes Femmes au tombeau (Matinée de Pâques), au vêtement intemporel et au geste de salut des figures angéliques répond la délicate inclinaison des communiantes portant des robes contemporaines. Le trait de lumière qui nimbe la tête des personnages et l’éclairage irréel qui irradie le paysage accentuent la spiritualité de l’œuvre. Le miracle du printemps jaillit, tandis que la présence du Christ dans le jardin familial rappelle le message de la Résurrection.