Hu­bert et Jan van Eyck. L’A­gneau mystique

An­dré Ca­plet (1876-1925), O sa­lu­ta­ris Hos­tia de la Messe à trois voix
En­semble Vox Re­flexa, dir. Ben­ja­min Geier

Hu­bert van Eyck ( 1366-1426), Jan van Eyck (1390-1441)
L’A­gneau mys­tique, po­lyp­tyque ou­vert (1432)
Ca­thé­drale Saint-Ba­von, Gand


Les peintres

Peu de traces existent de la car­rière et l’œuvre des frères van Eyck. Au­cun élé­ment sur la vie d’­Hu­bert n’est re­la­té. Des ren­sei­gne­ments bio­gra­phiques un peu plus pré­cis concernent Jan.

Hu­bert van Eyck ( 1366-1426)

Jan van Eyck (1390-1441) était fonc­tion­naire de la cour du duc de Bour­gogne, Phi­lippe le Bon. Ce re­table est son œuvre ma­gis­trale, com­mande de Joos Vi­jd, bourg­mestre de Gand et pro­tec­teur de l’é­glise de St Jean, et de sa femme, Éli­sa­beth Bor­luut, qui n’a­vaient pas de des­cen­dance. Il est le chef d’œuvre de la pein­ture fla­mande du XVème siècle.

Les pan­neaux in­fé­rieurs
A l’in­té­rieur du re­table, dans le pan­neau cen­tral in­fé­rieur, s’é­tend un pay­sage pa­ra­di­siaque. L’A­gneau mys­tique, sym­bole de l’in­no­cence, est le Christ in­car­né. il est de­bout sur un au­tel, où est ins­crit : « L’A­gneau de Dieu qui a pris sur lui les pé­chés du monde. »

Il verse son sang dans un ca­lice, image sa­cri­fi­cielle du Christ. Il est en­tou­ré d’anges, les uns priant, les autres agi­tant des en­cen­soirs ou por­tant les ins­tru­ments de la Pas­sion (cou­ronne d’é­pines, clous,la co­lonne de la fla­gel­la­tion, le fouet). De­vant l’A­gneau, se trouve la « source de vie », la fon­taine oc­to­go­nale d’où jaillit un ruis­seau au lit de perles de dia­mants et de rubis.

Des quatre coins du ta­bleau des groupes hu­mains, ve­nus de loin, à pieds ou à che­val, s’a­vancent et se pros­ternent pour ve­nir lui té­moi­gner leur gra­ti­tude. Ils sont ras­sem­blés en huit groupes, qui se ré­par­tissent entre le pan­neau cen­tral et les pan­neaux latéraux.

Dans la bible, le chiffre huit est sym­bo­lique. Il re­pré­sente un com­men­ce­ment et la ré­sur­rec­tion du Christ (qui eut lieu le hui­tième jour). C’est pour­quoi les fond bap­tis­maux ont sou­vent une forme octogonale.

Pan­neau central

Au pre­mier plan, de gauche à droite du pan­neau cen­tral, deux cor­tèges se font face. Le cor­tège si­tué à gauche est com­po­sé de per­son­nages du Pre­mier Tes­ta­ment. Ce sont des hommes bar­bus, aux coiffes di­verses et va­riées, les pa­triarches (ceux qui ont peu­plé la terre avec leur des­cen­dance) les pro­phètes et les douze pe­tits pro­phètes agenouillés.

Le se­cond cor­tège qui leur fait face, re­groupe des per­son­nages du Nou­veau Tes­ta­ment. Age­nouillés, douze hommes ha­billés de robes de bure. Ce sont les apôtres, ceux qui an­noncent l’Évangile, c’est à dire, le « plan di­vin » qui doit sau­ver l’­hu­ma­ni­té. Ils sont douze, aux­quels s’a­joutent le trei­zième, Paul de Tarse. Der­rière eux est as­sem­blé la hié­rar­chie de l’É­glise, les suc­ces­seurs des apôtres (papes, diacres et évêques) por­tant des bi­joux somp­tueux et des vê­te­ments évo­quant le rouge vif des martyrs.

A l’ar­rière-plan deux nou­veaux groupes, se ren­contrent comme s’ils ve­naient d’ap­pa­raître des buis­sons en­vi­ron­nants. Sur la gauche, les confes­seurs de la foi. Contrai­re­ment aux mar­tyrs, de leur com­bat pour la foi ils ne sont pas morts et ap­pa­raissent en groupe com­pact, presque tous pa­rés de bleu.

De l’autre cô­té, les vierges mar­tyrs et saintes femmes avancent, palmes à la main. Les palmes étaient agi­tées par la foule lors de l’en­trée de Jé­sus à Jérusalem. 

La ligne d’­ho­ri­zon, as­sez haute, est fer­mée par des bos­quets d’arbres, der­rière les­quels ap­pa­raissent des bâ­ti­ments mer­veilleux pou­vant re­pré­sen­ter la Jé­ru­sa­lem cé­leste. On re­con­nait par­mi ces bâ­ti­ments, à gauche, une ville fla­mande ty­pique, avec le style ar­chi­tec­tu­ral de ses mai­sons à fa­çades den­te­lées, et au centre du pan­neau, la ca­thé­drale d’Utrecht.

Un pay­sage pa­ra­di­siaque court à tra­vers les cinq pan­neaux in­fé­rieurs, les unis­sant dans une com­po­si­tion simple. Il abrite des plantes de pays dif­fé­rents et des fleurs de sai­sons va­riées. Le pan­neau cen­tral est ver­doyant, tan­dis que ceux des cô­tés sont plus arides.

A gauche du pan­neau central

A gauche, co­pie de 1939-1945

Les ca­va­liers re­pré­sentent les sol­dats de Christ. Ils ont mis leur épée au ser­vice du Christ, se­lon l’i­déal che­va­le­resque du Moyen Âge.

Au pre­mier plan, saint Mar­tin sur son che­val gris pom­me­lé, en ar­mure et cou­ron­né de lau­riers, tient un éten­dard aux armes de la ville d’U­trecht, dont il est le saint patron.

Le deuxième ca­va­lier est saint Georges, pa­tron des che­va­liers, qui au­rait été of­fi­cier dans l’ar­mée ro­maine. Sou­vent re­pré­sen­té sur un che­val blanc, il est en ar­mure, porte un bou­clier et une ban­nière « d’argent à la croix de gueules » (« le gueule » si­gni­fie la cou­leur rouge). Cette ban­nière blanche à croix rouge, qui fut celle des croi­sés, est aus­si celle du dra­peau du royaume d’Angleterre.

Le troi­sième ca­va­lier est saint Sé­bas­tien, qui fut sol­dat dans l’an­ti­qui­té ro­maine. Il tient la ban­nière du royaume de Jé­ru­sa­lem, royaume chré­tien créé lors des croi­sades, avec à sa tête, tout d’a­bord Go­de­froy de Bouillon, puis le roi Bau­douin 1er. Ces che­va­liers illus­trent les croi­sades qui dé­bu­tèrent en 1096.

A l’ex­trême gauche : les justes juges. Ce pan­neau a été vo­lé en 1934, c’est le peintre belge Jef Van der Ve­ken qui fut char­gé d’en réa­li­ser la co­pie de 1939 à 1945.

Le groupe com­prend en ar­rière plan des sou­ve­rains cou­ron­nés. On a cru pou­voir en iden­ti­fier cer­tains. De gauche à droite : saint Louis IX, Go­de­froy de Bouillon, Charlemagne.

A droite du pan­neau central

Juste à droite du pan­neau cen­tral se trouvent les er­mites, qui ont re­non­cé au monde. Ils sont ac­com­pa­gnés par deux femmes : à gauche sainte Ma­rie-Ma­de­leine te­nant un pot d’onguent avec le­quel elle la­va les pieds du Christ, ou d’aromates qui lui ser­vit à em­bau­mer le corps de Jé­sus. A cô­té d’elle, sa sœur Marthe.

Sur le pan­neau à l’ex­trême droite, les pè­le­rins sont me­nés par un très grand homme, il s’a­git de saint Chris­tophe, dra­pé d’un man­teau rouge. Il tient dans sa main droite un bour­don (le bâ­ton du pè­le­rin) et son autre main in­dique le che­min à suivre. Der­rière lui se tient saint Jacques le Ma­jeur, l’un des douze apôtres du Christ. Il était pê­cheur. On le re­con­naît à son le cha­peau de feutre à larges bords or­né d’une co­quille Saint-Jacques. Il porte l’­ha­bit du pè­le­rin en ré­fé­rence au pè­le­ri­nage à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le pan­neau central

A gauche du pan­neau cen­tral, la Vierge Ma­rie est tour­née vers Dieu le Père. Elle est vê­tue d’une robe et d’un man­teau bleus bor­dés de do­rure et pierres pré­cieuses. Elle est coif­fée d’une cou­ronne de pierres pré­cieuses dé­co­rée de fleurs de lys blanches, de roses rouges et de brins de mu­guet. Au-des­sus d’elle flottent huit étoiles. Sa tête est au­réo­lée de deux de­mi-cercles. De ses deux mains, elle tient un livre ou­vert : cer­tai­ne­ment le Nou­veau Testament.

A droite du pan­neau cen­tral, saint Jean-Bap­tiste est tour­né vers Dieu le Père. Il est le pro­phète qui an­non­ça la ve­nue de Jé­sus et l’a dé­si­gné comme « l’A­gneau de Dieu ». Sa main gauche re­tient un livre sur ses ge­noux : le Pre­mier Tes­ta­ment. Sa main droite, le­vée vers Dieu, dé­signe ce­lui-ci. Il porte un ample man­teau vert bor­dé par des pierres pré­cieuses. On aper­çoit qu’il porte en des­sous sa tra­di­tion­nelle tu­nique en poils de cha­meau (Mt 3, 4). Ses che­veux longs et sa barbe épaisse et brune lui donne une image sombre. Il a les pieds nus.

Le pan­neau su­pé­rieur si­tué juste à gauche de ce­lui de la vierge re­pré­sente les anges chan­teurs, ras­sem­blés au­tour d’un lutrin. 

Le pan­neau su­pé­rieur si­tué juste à droite de ce­lui de saint Jean-Bap­tiste re­pré­sente les anges mu­si­ciens avec leurs ins­tru­ments : un orgue, une vièle à ar­chet et une harpe.

La réa­li­sa­tion de tous les dé­tails peints sur ce pan­neaux est d’une grande exac­ti­tude, no­tam­ment la boi­se­rie du lu­trin, où est « sculp­té » saint Mi­chel tuant le dragon.

Aux ex­tré­mi­tés droite et gauche de la com­po­si­tion sont peints Adam et Eve. Leurs fi­gures rap­pellent le pé­ché qui ren­dit né­ces­saire la Ré­demp­tion. ils ont été peints dans des niches en trompe-l’œil, re­haus­sés par deux niches en bas-re­lief re­pré­sen­tant au des­sus d’A­dam, les sa­cri­fices de Caïn et d’A­bel : Abel, le ber­ger, sa­cri­fie son pre­mier agneau à Dieu tan­dis que Caïn, le culti­va­teur, offre une par­tie de ses ré­coltes. Au des­sus de Eve, on voit le meurtre d’A­bel par son frère.

Po­lyp­tyque fermé

L’A­gneau mys­tique, po­lyp­tyque fer­mé (1432)
Ca­thé­drale Saint-Ba­von, Gand


La plu­part du temps le po­lyp­tyque était fer­mé. Ses pan­neaux ex­té­rieurs, peints dans des tons neutres, se fon­daient dans l’at­mo­sphère aus­tère de l’é­glise. Ce n’é­tait que pen­dant cer­taines époques de l’année (les grandes fêtes re­li­gieuses, les jours de fête du pa­tron de l’é­glise) que le re­table res­tait ouvert.

La par­tie inférieure

La par­tie in­fé­rieure re­pré­sente quatre niches go­thiques en plein cintre tri­lo­bées (ici trois feuilles de trèfle) peints en trompe-l’œil. Les deux du centre abritent les fi­gures de saint Jean-Bap­tiste et de saint Jean l’É­van­gé­liste. Ils sont peints en cou­leur mo­no­chrome imi­tant la pierre pour imi­ter les sculp­tures. Les deux saints sont si­tués sur une base oc­to­go­nale (on re­trouve les huit cô­tés), sur les­quelles sont gra­vés leurs noms. Ces saints ont un rap­port di­rect avec le thème cen­tral du retable.

Jean-Bap­tiste oc­cupe une place d’­hon­neur en tant que ti­tu­laire de la ca­thé­drale et pa­tron de la ville de Gand. Il porte son at­tri­but ha­bi­tuel : l’A­gneau de Dieu. L’a­gneau fi­gu­rait tra­di­tion­nel­le­ment comme em­blème sur les sceaux de cor­po­ra­tions de laine, et il a évi­dem­ment une conno­ta­tion spé­ciale pour la ville de Gand, qui rap­pe­lons-le, était la plus grande ci­té du drap dans toute l’Eu­rope du Moyen Âge finissant.

Saint Jean l’É­van­gé­liste ap­pa­raît ici comme l’au­teur de l’A­po­ca­lypse, ré­vé­la­teur de la vi­sion de l’A­gneau mys­tique. Il fait le signe de croix sur la coupe em­poi­son­née d’où sortent trois ser­pents. La dra­pe­rie des per­son­nages est as­sez lourde et an­gu­leuse comme celle des sculptures.

Dans les deux niches ex­té­rieures de la par­tie in­fé­rieure, le couple de com­man­di­taires est re­pré­sen­té dans la po­si­tion d’a­do­ra­tion : age­nouillés, les mains jointes en prière. La pré­sence des com­man­di­taires laisse pen­ser que cet ob­jet avait pour fin une dé­vo­tion pri­vée. A gauche, Joos Vi­jd se pré­sente tête nu dans une simple robe de drap rouge our­lée de four­rure brune. A sa cein­ture pend une sa­coche de cuir. A l’autre ex­tré­mi­té, son épouse Éli­sa­beth Bor­luut, vê­tue d’une robe cou­leur co­rail, dou­blée de tis­su vert, porte un col de toile blanc. Sa tête est re­cou­verte d’un voile, lui-même re­cou­vert d’un co­ton blanc qui des­cend pour cou­vrir ses épaules. Ces deux por­traits semblent très fac­tuels. Le ma­ri ap­pa­raît comme un homme bien­veillant et la femme ap­pa­raît telle une ma­trone ayant de grandes responsabilités.

La par­tie centrale

Au pre­mier étage, un in­té­rieur fla­mand, au sol car­re­lé ac­cueille l’An­non­cia­tion (l’In­car­na­tion du fils de Dieu dans la Vierge) avec la­quelle com­mence la Ré­demp­tion de l’humanité.

L’Ar­change Ga­briel et la Vierge Ma­rie sont sé­pa­rés par deux pan­neaux in­ter­mé­diaires. Cet es­pace, créé entre les deux per­son­nages, gé­nère une sé­pa­ra­tion entre le monde cé­leste et le monde terrestre. 

Dans ces deux pan­neaux cen­traux, le peintre peint en pers­pec­tive l’in­té­rieur d’une pièce bour­geoise : le pan­neau cen­tral de gauche pré­sente une fe­nêtre ar­quée s’ou­vrant sur une ville fla­mande (on re­con­naît les pi­gnons à re­dents des mai­sons du Nord).

Ce­lui de droite dé­voile un coin de toi­lette avec un la­va­bo et une ser­viette blanche dans une niche, confé­rant à la pièce un ca­rac­tère très in­time. Tra­di­tion­nel­le­ment, l’An­non­cia­tion est tou­jours re­pré­sen­té dans une pièce close et in­time, sou­vent la chambre de Ma­rie. La scène ap­pa­rait de fa­çon très réa­liste au spec­ta­teur. Pour par­faire l’i­dée de trompe-l’œil, le peintre a peint la pro­jec­tion de l’ombre des mon­tants du cadre dans la pièce.

L’ar­change Ga­briel, en aube blanche, age­nouillé, tient dans la main gauche, une fleurs de lys blanc, sym­bole de la pu­re­té et de la vir­gi­ni­té, fai­sant ré­fé­rence à celles de la Vierge. Ses ailes dé­ployées ont des re­flets verts et oran­ger rap­pe­lant les cou­leurs de la robe d’É­li­sa­beth au ni­veau in­fé­rieur. De sa main droite il sa­lue la Vierge et dit : « Je te sa­lue, pleine de grâce, le Sei­gneur soit avec toi. » 

La Vierge Ma­rie, ins­pi­rée par la Co­lombe du Saint-Es­prit si­tuée juste au des­sus d’elle, ré­pond : « Je suis la ser­vante du Sei­gneur. » Re­vê­tue d’une longue tu­nique bor­dée d’or, elle est age­nouillée de­vant un prie-Dieu, les mains croi­sées sur sa poi­trine. Elle re­garde vers le ciel. Ses pa­roles, tra­cées en lettres d’or, sont inversées. 

Ma­rie et l’ange Ga­briel sont éclai­rées par la fe­nêtre si­tuée der­rière le prie-Dieu. Sur ce der­nier, un livre ou­vert en son mi­lieu est po­sé. Se­lon les pères de l’Église, la Vierge était en­train de lire lorsque l’ar­change Ga­briel est ap­pa­ru. Plus pré­ci­sé­ment, elle li­sait les pro­phé­ties d’I­saïe lui an­non­çant qu’elle se­ra en­ceinte et qu’elle en­fan­te­ra un fils. Der­rière la Vierge Ma­rie, on aper­çoit une al­côve avec deux livres et un ré­ci­pient en grès, avec en des­sous un chan­de­lier et une ai­guière en étain.

Les ob­jets ne sont pas là pour l’é­qui­libre de la com­po­si­tion mais jouent un rôle sym­bo­lique. Par exemple, la ca­rafe de verre à moi­tié rem­plie au fond de la pièce est le sym­bole du corps de l’Im­ma­cu­lée concep­tion. La lu­mière tra­verse le verre du ré­ci­pient sans l’a­bî­mer tout comme la vo­lon­té di­vine s’ac­com­plit dans le corps de Ma­rie sans l’al­té­rer. La scène contient tous les sym­boles liés à l’An­non­cia­tion et sur­tout liés aux qua­li­tés de la Vierge, no­tam­ment sa pu­re­té et sa virginité.

La par­tie supérieure

Les pan­neaux de l’An­non­cia­tion sont coif­fés de quatre pan­neaux ar­qués. On y trouve quatre per­son­nages, is­sus de la Bible (les pro­phètes) ou du monde gré­co-ro­main (les si­bylles), an­non­çant la ve­nue du Sau­veur se­lon la tra­di­tion de l’Église mé­dié­vale. Les deux pan­neaux cen­traux pré­sentent deux si­bylles et les deux la­té­raux les pro­phètes Za­cha­rie et Michée.

Les pro­phètes sont des per­sonnes « qui parlent au nom de Dieu ». Leurs pré­dic­tions ne sont pas mo­di­fiées ou per­son­na­li­sées, comme celles des si­bylles an­tiques. Ils an­noncent la ve­nue du Christ au peuple d’Israël.Les si­bylles sont dans l’an­ti­qui­té gré­co-ro­maine, des « pro­phé­tesses », qui donne une ver­sion per­son­nelle de la di­vi­na­tion. Leurs pa­roles sont énig­ma­tiques, obs­cures voir à double sens et peuvent être in­ter­pré­tés de ma­nière com­plè­te­ment dif­fé­rente, d’où l’ad­jec­tif « si­byl­lin », pour dé­crire des pro­pos mys­té­rieux ou in­com­pré­hen­sibles. Pa­ral­lè­le­ment ap­pa­rut dans le monde chré­tien, les oracles si­byl­lins, re­cueil de qua­torze oracles. On y trouve no­tam­ment l’an­nonce de la ve­nue du Mes­sie. Les si­bylles ap­par­tiennent au monde païen et élar­gissent ain­si l’at­tente de la Ré­demp­tion du peuple élu à toute l’humanité.

La lu­nette vou­tée de gauche abrite le pro­phète Za­cha­rie. C’est un per­son­nage bi­blique, qui a vé­cut vers 500 av J.-C. Il a écrit un livre an­non­çant la ve­nue du Mes­sie. Il est consi­dé­ré comme le pro­phète prin­ci­pal de la pas­sion du Christ. Il porte une robe ample re­cou­verte d’un man­teau dou­blé d’­her­mine fixé sur son épaule droite par une ran­gée de bou­tons. il est coif­fé d’une toque de four­rure. Son vi­sage est hâ­lé et il porte une longue barbe gri­son­nante. Il est en train de lire un livre ou­vert de­vant lui, sa main gauche tient une feuille tan­dis que la droite pointe du doigt une ligne. Au des­sus de lui, une phrase ins­crite dans un phy­lac­tère (le phy­lac­tère per­met­tait d’é­crire du texte dans une image) : « Exul­ta sa­tis fi­lia Syon iu­bi­la, ecce, rex tuus ve­nit » : « Exulte de joie, fille de Sion, voi­ci que ton roi vint à toi. »

La lu­nette à l’ex­trême droite pré­sente le pro­phète Mi­chée, dra­pé dans un man­teau dou­blé de four­rure, il re­garde Ma­rie. A cô­té de lui, un livre est po­sé et au des­sus de lui est ins­crit : « Ex te egre­die­tur qui sit do­mi­na­tor in Is­rael » : « C’est de toi que sor­ti­ra ce­lui qui doit ré­gner en Israël. »

Dans le pan­neau cen­tral de gauche, la si­bylle d’E­ry­thrée est vê­tue d’une robe blanche bor­dée d’or et d’une cape. Sa tête est re­cou­verte d’un tur­ban blanc rayé de bleu, pla­cé sur un car­ré de tis­su qui re­couvre ses épaules ; une perle pend à son oreille droite. il est écrit au des­sus de sa tête : « Nil mor­tale so­nans af­fla­ta es nu­mine » : « Tu ne pro­non­ce­ras pas de pa­role hu­maine, mais tu es ins­pi­rée par la divinité. »

A cô­té d’elle, la si­bylle de Cumes. C’est la si­bylle la plus connue du monde grec. Elle a l’i­mage d’une voyante dont le pou­voir est illi­mi­té. Apol­lon la condam­na à vivre 1000 ans. Dans la chré­tien­té, c’est elle qui an­nonce la nais­sance de Jé­sus-Christ. Elle est plus ri­che­ment vê­tue : elle porte une robe bor­dée de four­rure et un cor­sage bro­dé d’or bleu. Sa tête est coif­fée d’un riche tur­ban bor­dé de perles. Au des­sus d’elle le phy­lac­tère dé­voile ces mots : « Rex ad­ve­niet per se­cla se­cla fu­tu­rus, sci­li­cet in carne » : « Un roi vien­dra dans les siècles fu­turs, pré­sent en chair. »


O sa­lu­ta­ris hos­tia
quae coe­li pan­dis os­tium.
Bel­la pre­munt hos­ti­lia
Da ro­bur fer auxilium.

Uni tri­noque Do­mi­no
sit sem­pi­ter­nam glo­riam.
Qui vi­tam sine ter­mi­no
no­bis do­net in pa­tria.
Amen.

___

O du Sa­lut di­vine Hos­tie,
Toi qui nous as ou­vert le ciel,
Aide à bri­ser la ty­ran­nie
Que fait le monde temporel.

Gloire à ja­mais, gloire éter­nelle
À l’adorable Tri­ni­té !
Donne-nous ta Joie im­mor­telle,
La bien­heu­reuse éter­ni­té.
Amen.

Tho­mas d’Aquin (1225-1274)
Tra­duc­tion : Cha­noine Mar­cel Michelet