Matthias Grünewald. Résurrection

Pierluigi da Palestrina, Jesu rex admirabilis, The Monteverdi Choir, dir. John Eliot Gardiner

Matthias Grünewald (1475-1528)
Résurrection, Retable d’Issenheim (1512-1516)
Revers du battant droit
Musée d’Unterlinden, Colmar

Le Christ écarte les bras, les paumes tournées vers l’extérieur, dans un geste réclamant une forte tension, qu’il accomplit pourtant avec une impression de souveraine légèreté, et par lequel il semble porter de l’intérieur le halo lumineux qui l’entoure — ou bien ce halo matérialise le geste formé par les bras et les mains. La tête du Christ, au centre de la sphère, irradie d’une lumière dans laquelle elle se fond, de sorte que les traits du visage ne peuvent être distingués nettement, comme si sa substance se répandait dans toute la sphère, dans tout l’espace dessiné par les mains. Cette dissolution de la tête et son expansion jusqu’au confins d’un univers qu’elle embrasse intégralement, m’apparaît comme une image saisissante de l’éveil. Celui qui n’occupait que l’espace de son corps voit ce dernier transfiguré, retourné comme un gant, dilaté au point de contenir tout l’espace. La sphère entière, toute sa périphérie, est devenue le cœur du Christ qui embrasse le spectateur. L’artiste a d’ailleurs placé cette sphère de telle sorte que son centre coïncide avec le cœur du Ressuscité. Il a même redoublé l’impression d’éclosion en entourant la sphère d’un liseré par lequel le bleu du linceul se prolonge tout autour du halo de lumière, et se fond dans les ténèbres du ciel nocturne, ces ténèbres qui entourent le monde comme un linceul que le Christ repousse de ses bras, et qu’il transforme en lumière. L’enveloppe de la mort devient ainsi l’habit de la vie, couleur feu et sang, comme si tout ce que touchait le Ressuscité se trouvait transfiguré par sa victoire sur la mort.

Après avoir été mis en terre comme une graine, le Christ ressuscite et embrasse dans son geste la totalité de la sphère de l’être.