Matthias Grünewald. Crucifixion

Gregorio Allegri, Miserere, Choir of New College, Oxford, Edward Higginbottom, direction

Matthias Grünewald (1475-1528)
Crucifixion, Retable d’Issenheim (1512-1516)
Avers des volets fermés
Musée d’Unterlinden, Colmar

Cette scène est d’une dramaturgie absolument saisissante, d’un réalisme poussé à l’extrême, en même temps qu’elle dégage une impression surnaturelle d’irréalité qui provient surtout du contraste entre le corps torturé du Christ, comme une coquille criblée de plaies et de piques, et la vigueur du personnage qui se tient à sa gauche, Saint Jean-Baptiste. L’irréalité est encore renforcée par le fait que le Baptiste est mort six mois plus tôt, et qu’il est représenté ici bien vivant, dans la force de l’âge. Il montre du doigt le corps en croix, et prononce ces mots: Illum opportet crescere, me autem minui (Il faut que celui-ci grandisse, et moi que je diminue). Ces mots, prononcés par le seul élément porteur de vie dans ce monde saturé de mort, de souffrance et de tragédie, tant par l’expression des personnages que par la nature, ne trouve nul écho ni vraisemblance auprès du spectateur, et apparaît comme tout simplement incroyable. Il faut savoir que ce retable se trouvait dans un monastère des Antonins, qui soignaient les personnes atteinte de la maladie qu’on appelait alors le feu de Saint-Antoine, et qu’on sait aujourd’hui être due à un parasite du seigle (l’ergot du seigle). Ces malades étaient amenés devant le retable fermé et, en voyant la scène terrible de la crucifixion, ne manquaient pas de s’identifier au corps meurtri du Christ, eux dont le corps se trouvait lui aussi déformé par la maladie et envahi déjà par la mort. Aussi entendaient-ils les mots adressés par saint Jean Baptiste comme des mots d’espoir, comme si ce dernier, à travers le destin du Christ, leur montrait le chemin.