Ka­si­mir Ma­le­vitch. Withe on White

Oli­vier Mes­siaen (1908-1992), Le Dieu ca­ché
Jen­ni­fer Bate, orgue, Église de la Sainte-Tri­ni­té à Paris 

Ka­si­mir Ma­le­vitch (1878-1935)
Withe on Withe (1918)
Mu­sée d’Art mo­derne, New York 


Le mo­tif du car­ré peint d’une seule cou­leur ap­pa­rait chez Ma­le­vitch en 1913 dans les dé­cors et les cos­tumes réa­li­sés pour l’opéra cu­bo-fu­tu­riste La Vic­toire sur le so­leil, de Ma­tiou­chine. En dé­cembre 1915, il pré­sente par­mi 39 œuvres su­pré­ma­tistes son pre­mier Car­ré noir et son Car­ré rouge à l’exposition « 0,10 » (Zé­ro-Dix).

« Après ce­la, que faire ?» de­man­dait-on dé­jà en 1916, voyant dans ce car­ré la mort de la pein­ture. Le Car­ré noir n’est pas un terme mais le dé­but d’une nou­velle étape qui conduit la pein­ture vers une plus grande vé­ri­té, à une sen­sa­tion pure. La pein­ture doit contri­buer à li­bé­rer l’esprit du monde ma­té­riel pour faire pé­né­trer l’être dans l’espace in­fi­ni. Trois ans (ou cinq se­lon les dires de l’artiste) après le pre­mier Car­ré noir, il peint le Car­ré blanc sur fond blanc.

Pas tout à fait car­rée non plus, cette pein­ture té­moigne, comme pour le Car­ré noir, d’une grande sen­si­bi­li­té. La trace de la main de l’artiste est vi­sible dans la tex­ture de la pein­ture et ses sub­tiles va­ria­tions de blanc les contours im­pré­cis du car­ré asy­mé­trique pro­dui­sant une sen­sa­tion d’espace infini.

Le blanc, lé­gè­re­ment bleu­té pour la forme cen­trale, plus chaud et ocré sur la pé­ri­phé­rie, crée une ma­tière dense et com­plé­men­taire au point qu’on ne peut sé­pa­rer forme et fond. La po­si­tion dé­cen­trée du car­ré, comme pe­sant sur la droite, et le lé­ger cerne noir au­tour, dy­na­misent l’ensemble, contri­buant à la sen­sa­tion d’espace.

Pour Ma­le­vitch, le blanc re­pré­sente l’infini, le cos­mos. Il écrit dans le ca­ta­logue de l’exposition Créa­tion non-fi­gu­ra­tive et su­pré­ma­tisme (1919), où étaient pré­sen­tés le Car­ré blanc sur fond blanc et quelques autres pein­tures blanches su­pré­ma­tistes : « J’ai troué l’abat-jour bleu des li­mi­ta­tions co­lo­rées, je suis sor­ti dans le blanc, vo­guez à ma suite, ca­ma­rades avia­teurs, dans l’abîme, j’ai éta­bli les sé­ma­phores du Su­pré­ma­tisme. […] Vo­guez ! L’abîme libre blanc, l’infini sont de­vant vous. »