Rem­brandt. Pré­sen­ta­tion au Temple

Gré­go­rien, Lu­men ad re­ve­la­tio­nem gen­tium
Ab­baye Saint-Pierre, Solesmes

Rem­brandt (1606-1669)
Pré­sen­ta­tion du Sei­gneur (~1669)
Rijks­mu­seum, Amsterdam 


For­mat de l’œuvre
Rec­tangle en hau­teur de 98cm sur 79 cm en lar­geur, re­pré­sen­tant un per­son­nage âgé te­nant un bé­bé sur ses avant-bras et, en ar­rière-plan, un autre per­son­nage d’ap­pa­rence jeune. Les per­son­nages sont presque gran­deur nature.

Le mo­tif
Le mo­tif du ta­bleau est ce­lui d’une pein­ture re­li­gieuse avec une conno­ta­tion de scène de genre. Ce se­rait alors un mé­lange de sa­cré et de pro­fane. Ce qui le dis­tingue d’une scène de genre, se­rait le titre de l’œuvre qui le place dans la ca­té­go­rie scène re­li­gieuse. Le ta­bleau re­late une anec­dote de l’en­fance de Jé­sus mais éta­blit des re­la­tions avec la théo­lo­gie et la spi­ri­tua­li­té bi­bliques. Mal­gré une do­mi­nante du type por­trait, ce ta­bleau ne peut être consi­dé­ré comme tel, mais bien comme une illus­tra­tion d’­his­toire néo­tes­ta­men­taire. Le vieil homme porte vrai­sem­bla­ble­ment le nom de Sy­méon, et l’en­fant ce­lui de Jé­sus, puisque ces dé­no­mi­na­tifs ap­pa­raissent dans le titre du ta­bleau. Le troi­sième per­son­nage est, se­lon les spé­cia­liste, Ma­rie, la mère de l’en­fant. Tous sont ha­billés de ma­nière an­cienne avec des vê­te­ments qui dé­notent une cer­taine ri­chesse, mais sans os­ten­ta­tion. Sy­méon est vê­tu de rouge ; Jé­sus est em­maillo­té de linges blanc et do­ré (ou jaune pâle), et le troi­sième per­son­nage porte des vê­te­ments brun très foncé.

Ca­drage et pers­pec­tives
Les per­son­nages sont re­pré­sen­tés au trois quarts et l’en­fant, en entier. 

L’œuvre est amé­na­gée en pers­pec­tive chro­ma­tique, c’est-à-dire se­lon une al­ter­nance de cou­leurs claires et de cou­leurs sombres (beige, pêche, brun pâle), et se­lon un agen­ce­ment de cou­leurs pâles (la peau du vi­sage et des mains, les vê­te­ments de Jé­sus) et de cou­leurs de la lu­mière im­ma­nente (l’en­fant Jé­sus et Si­méon). L’emploi du rouge donne l’im­pres­sion vi­suelle d’a­van­cer l’ob­jet (ou la per­sonne) vers le spec­ta­teur, alors que le brun fait l’in­verse et éloigne l’ob­jet, pro­dui­sant ain­si un ef­fet de pers­pec­tive et un ef­fet tridimensionnelle.

Éclai­rage
La dis­po­si­tion de zones de lu­mière et de zones de pé­nombre ac­cen­tue la pro­fon­deur du ta­bleau. La poi­trine de l’­homme au centre de la scène est, par exemple, tout à fait sombre, tan­dis que l’en­fant (en avant-scène), est re­pré­sen­té tout en lu­mière, ce qui a pour ef­fet d’ac­cen­tuer vi­suel­le­ment la confi­gu­ra­tion tri­di­men­sion­nelle de l’enfant.

Dis­po­si­tion et pos­ture des per­son­nages
Les trois per­son­nages sont pla­cés l’un der­rière l’autre et, ain­si dis­po­sés, ils forment trois ni­veaux pa­ral­lèles de l’a­vant à l’ar­rière, alors que l’es­pace vide et sombre, en ar­rière-plan, consti­tue un point d’ar­ri­vée pour une dia­go­nale al­lant de l’a­vant du ta­bleau à l’ar­rière. Cet ef­fet com­bi­né de lignes pa­ral­lèles et de dia­go­nales ac­cen­tuent alors l’ef­fet de pers­pec­tive et aug­mentent la pro­fon­deur tout en créant vi­suel­le­ment l’im­pres­sion d’un point de fuite ou un es­pace ou­vert mal­gré la lour­deur qui se dé­gage de la cou­leur sombre.

Vê­te­ments
Adultes
Ce sont des vê­te­ments d’é­poque, amples, chauds, et riches pour cette pé­riode. Le per­son­nage âgé porte un épais vê­te­ment d’é­toffe rouge et ap­pa­rem­ment, sous ce der­nier, un vê­te­ment blanc plus lé­ger, sem­blable à une tu­nique ou à une grande che­mise. Les vê­te­ments de Ma­rie, sont sombres et se dis­tinguent à peine de l’ar­rière-plan. Un voile ou un ca­pu­chon lui couvre la tête, sans mo­tif, sans or­ne­men­ta­tion, alors que Si­méon a la tête dé­cou­verte et bien éclairée.

En­fant
Il est em­maillo­té de linges, la tête re­cou­verte. Ces tis­sus aus­si ap­pe­lés « langes », sont de cou­leur beige et or­nés de ban­de­lettes do­rées ou jaune clair, et d’ap­pa­rence riche pour cette époque.

Or­ne­men­ta­tions
Au­cune pour les deux per­son­nages, à l’ex­cep­tion de l’en­fant avec des ban­de­lettes dorées.

Ex­pres­sion cor­po­relle
At­ti­tude de so­len­ni­té et de prière d’un vieillard qui tient sur ses avant-bras un bé­bé beau, calme et in­té­res­sé par ce der­nier ou par ce qu’il dit ou dé­clame ou chante.

Les mains du vieillard sont po­si­tion­nées avec les paumes face à face et lé­gè­re­ment écar­tées l’une de l’autre. Ses avant-bras, de lon­gueur ex­ces­sive, ap­pa­raissent dis­pro­por­tion­nés par rap­port au reste du corps. Der­rière, Ma­rie ob­serve avec at­ten­tion et dis­cré­tion, c’est-à-dire sans in­ter­ven­tion apparente.

Mise en scène
Les trois per­son­nages oc­cupent trois plans dif­fé­rents, et presque en ran­gée l’un der­rière l’autre.

Style de l’œuvre
Tech­nique de coups de pin­ceau
Le ta­bleau laisse voir des traces ap­pa­rentes de coups de pin­ceau, brefs ou al­lon­gés, en sur­face de l’œuvre peinte, par­ti­cu­liè­re­ment pour le dé­cor am­biant et les vê­te­ments des per­son­nages. Par contre, cer­tains élé­ments du vi­sage (yeux, lèvres, barbe, che­veux etc.) sont peints avec mi­nu­tie et se­lon une tech­nique « lé­chée », c’est-à-dire sans un re­lief de dé­pôt de peinture.

Style fi­gu­ra­tif réa­liste
L’œuvre est peinte dans un style réa­liste pour les per­son­nages (traits et mi­miques), c’est-à-dire avec un co­ef­fi­cient éle­vé de res­sem­blance avec la réa­li­té. Tou­te­fois, le des­sin n’a pas le même sou­ci de res­sem­blance pho­to­gra­phique dans l’illus­tra­tion des vê­te­ments et des ac­ces­soires. Ils sont lé­gè­re­ment flous au ni­veau gra­phique. Cette ab­sence de fi­ni du des­sin donne un ca­chet par­ti­cu­liè­re­ment vieillot et ap­pro­prié à une scène ancienne.

En­fin, le dé­cor in­exis­tant en ar­rière-plan, même si on y pressent un in­té­rieur de mai­son ou d’é­di­fice, ajoute au ca­rac­tère se­mi-réa­liste de l’ensemble.

Ro­bert Ber­trand, Uni­ver­si­té du Qué­bec, 2001


Lc 2, 29-32
Nunc di­mit­tis ser­vum tuum, Do­mine,
se­cun­dum ver­bum tuum in pace :
Quia vi­de­runt ocu­li mei
sa­lu­tare tuum.
Quod pa­ra­sti
ante fa­ciem om­nium po­pu­lo­rum :
Lu­men ad re­ve­la­tio­nem gen­tium,
et glo­riam ple­bis tuæ Israel.

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Main­te­nant, ô Maître sou­ve­rain, tu peux lais­ser
ton ser­vi­teur s’en al­ler en paix se­lon ta pa­role.
Car mes yeux ont vu
le sa­lut
que tu pré­pa­rais
à la face des peuples :
Lu­mière qui se ré­vèle aux na­tions
et donne gloire à ton peuple Israël.