Olivier Abel. La société de la simplicité


Comme le notait Pasolini, nous avons collectivement sombré dans la croyance que la pauvreté était le pire des malheurs, et qu’il fallait d’abord satisfaire toutes les envies, les besoins, les demandes. Pourquoi la pauvreté volontaire de François d’Assise, pourquoi la sobriété de Calvin, la frugalité de Rousseau ou de Thoreau nous paraissent-elles encore plus utopiques que la non violence de Gandhi ou de Martin Luther King ? Pourquoi les Occidentaux sont-ils si agrippés à la défense de leur « mode de vie », et pourquoi toutes les sociétés sont elles tour à tour prises sans ce rêve de développement, d’abondance et de croissance indéfinie ? Car même si l’on tenait l’hypothèse, hautement improbable, de l’innocuité du « développement » sur le climat et l’épuisement des ressources, il resterait que le bouleversement des mœurs introduit par une éthique de la sobriété serait quand même, et de toute façon, désirable et urgent. Non seulement économiquement parce que nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens, et que l’obligation de choisir peut nous amener à trier l’inutile et le préférable, et ainsi à « progresser » considérablement sur bien d’autres tableaux. Mais culturellement, car l’image du succès a déjà fait trop de dégâts, et nous devons changer d’image de la « vie bonne ». C’est là le bouleversement éthique qui nous attend, non pas seulement au plan des impératifs et des règles de la morale, mais au plan plus profond de l’orientation de nos désirs, de nos rêves. Nous devons changer le sens de nos rêves. Et alors oui, une éthique de la sobriété surgira comme une évidence, comme une simplicité, comme quelque chose d’ordinaire et non comme une attitude «extraordinaire», sublime ou exceptionnelle.

Olivier Abel (*1953), sur ecologitheque.com, janvier 2010
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