Marc Anglaret. Conscience et humilité


L’histoire des idées donne des illustrations fort intéressantes de l’humilité. La position philosophique qui est probablement la plus humble n’a rien de religieux : il s’agit du scepticisme qui, dans sa forme la plus extrême, soutient que la faiblesse de l’esprit de l’homme est telle qu’il ne peut parvenir à aucune certitude. Il s’agit là non seulement d’humilité individuelle (celle du sceptique), mais surtout d’un appel à l’humilité universelle, puisque cette faiblesse vaut pour tout homme. On a souvent montré l’incohérence de cette pensée en soulignant que pour les sceptiques, la faiblesse de l’esprit humain est précisément une certitude. Leur humilité réelle ou supposée se trouve ici sous le feu de leur propre critique. Le « moment » sceptique de l’histoire des idées a néanmoins eu comme mérite d’inciter les philosophes à réfléchir aux limites de la raison, c’est-à-dire de leur principal instrument, qui se trouve ici également être leur objet d’étude : l’humilité consiste peut-être alors à remarquer qu’il est difficile (impossible pour certains) pour la raison d’évaluer ses propres limites.

Le sceptique « modéré » peut alors se contenter de déclarer la raison humaine incapable de répondre à certaines questions. Un exemple de ce scepticisme appliqué à une question précise est l’agnosticisme (étymologiquement l’ignorance, l’absence de connaissance) qui est, dans son usage le plus fréquent, la position de celui qui ignore si Dieu existe. Mais l’humilité peut dans ce cas être seulement individuelle (si l’agnosique ne se prononce que sur sa propre ignorance, en admettant que d’autres puissent avoir une réponse fondée) ou universelle en  droit (si l’agnostique estime que nul être humain n’est réellement en mesure de se prononcer sur la question de l’existence de Dieu; l’agnostique appelle alors tout homme à l’être).

Nous devons être, selon les cas, modestes (pour ne pas mettre trop en avant nos qualités et paraître ainsi vaniteux) ou humbles (pour « assumer » nos faiblesses et nos défauts et ne pas nous surestimer). La question reste toutefois posée de savoir si nous devons, par humilité, nous abaisser, et si oui, devant qui et pourquoi.

Marc Anglaret (* 1973), Philo pour tous


Biographie
Marc Anglaret est philosophe et enseignant dans les Pyrénées Orientales. Il contribue, par ses textes, aux débats de L’Atelier philosophique dont l’objectif est de confronter les arguments sur quelques questions essentielles.