Henri Bergson. Temps, art, intuition, réel et création


Henri Bergson (1859-1941)

Arnaud Bouaniche, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Florence Caeymaex, Université de Liège
© France Culture

> Le temps et la durée, la matière et l’espace

Comment morcelons-nous la continuité primitivement aperçue de l’étendue matérielle en autant de corps, dont chacun aurait sa substance et son individualité ? Sans doute cette continuité change d’aspect, d’un moment à l’autre : mais pourquoi ne constatons-nous pas purement et simplement que l’ensemble a changé, comme si l’on avait tourné un kaléidoscope ? Pourquoi cherchons-nous enfin, dans la mobilité de l’ensemble, des pistes suivies par des corps en mouvement ?
Henri Bergson, Matière et mémoire


> Quel est l’objet de l’art ?

Nous ne voyons pas les choses mêmes; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent des genres.
Bergson, Le rire


> L’intuition, entre instinct et intelligence

Sans doute l’intuition comporte bien des degrés d’intensité, et la philosophie bien des degrés de profondeur; mais l’esprit qu’on aura ramené à la durée réelle vivra déjà de la vie intuitive et sa connaissance des choses sera déjà philosophie. Au lieu d’une discontinuité de moments qui se remplaceraient dans un temps infiniment divisé, il apercevra la fluidité continue du temps réel qui coule indivisible.
Henri Bergson, La pensée et le mouvant


> Le possible et le réel

Le possible est donc le mirage du présent dans le passé : et comme nous savons que l’avenir finira par être du présent, comme l’effet de mirage continue sans relâche à se produire, nous nous disons que dans notre présent actuel, qui sera le passé de demain, l’image de demain est déjà contenue quoique nous n’arrivions pas à la saisir. Là est précisément l’illusion.
Henri Bergson, Le possible et le réel, in La pensée et le mouvant


> Joie et création

Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie.
Henri Bergson, L’énergie spirituelle
Biographie