François Brooks. La passion, l’humilité et la modestie


Dans notre recherche du savoir, nous aboutissons souvent à la connaissance de notre ignorance fondamentale. L’homme est instruit de cette ignorance par sa raison, car c’est grâce à elle qu’il peut saisir l’identité des contradictions dans l’infini. L’homme se trouve alors dans un état de docte ignorance. Docte parce qu’il se sait ignorant. Ignorant parce qu’il est un être fini et n’est pas capable de saisir l’infini divin.

« Mon Dieu, d’où vient qu’en la plus haute considération de mon âme, je vous vois tout infini… Ainsi il s’ensuit qu’aucun n’approche votre infinie grandeur que celui qui se tient dans l’ignorance, à savoir celui qui sait qu’il ne vous connaît pas. »  (Nicolas de Cues)

À partir du moment où je me positionne de telle sorte que j’accepte qu’il existe quelque chose de plus grand que moi, je me mets dans une position où je peux apprendre et me perfectionner. C’est l’attitude qui me convient le mieux pour étudier. Conjugué avec l’intérêt pour le sujet qui m’attire, j’espère pouvoir améliorer mes connaissances. Le piège consiste à croire que je sais. Lorsque je crois savoir, j’estime ne plus rien avoir à apprendre et mon esprit se ferme.

N’est-il pas ennuyant d’être avec une personne qui nous prive de lui apprendre quelque chose ? C’est comme si notre expérience était invalide. Notre admiration pour son savoir est son seul intérêt. Si cette personne n’a plus rien à apprendre, peut-être voudra-t-elle partager son savoir avec moi. J’aurais alors beaucoup plus de facilité à accepter son savoir s’il m’était présenté avec modestie. S’il m’est présenté avec orgueil et prétention, cela me donne envie de défier cet interlocuteur et de trouver la faille qui mettra au jour les limites de ses connaissances. Cette prétention est comme le signe évident de la fragilité de son savoir. Celui qui se vante a manifestement besoin de la reconnaissance des autres et démontre le doute qu’il a de lui-même. Comment avoir confiance en une personne qui doute d’elle-même surtout si elle cherche à cacher son doute en arrière d’une attitude prétentieuse ?

La combinaison parfaite pour le transfert du savoir, c’est, je crois, un humble étudiant qui s’instruit auprès d’un modeste professeur. Ajoutez à cela la passion mutuelle pour une matière donnée, et l’apprentissage se fera dans la joie. Si le professeur enseigne avec modestie, il garde lui-même une porte ouverte à l’apprentissage. Il se positionne dans une situation où il est perfectible. Ainsi, il aura, comme son étudiant, l’opportunité d’apprendre et ce dernier se sentira valorisé tout comme lui. Les rôles pourront en venir à se confondre. Et si l’on parle d’une relation enrichissante pour les deux, on pourra maintenant ne plus parler de professeur et d’étudiant mais de deux personnes qui se passionnent pour le même sujet.

Je fais souvent un effort volontaire pour manifester de l’attention pour le sujet dont me parle une personne. Mon interlocuteur devient alors plus attentif à ce qu’il me dit et cela accroît instantanément mon niveau de cohérence. Il s’ensuit souvent une discussion enflammée et enrichissante.

François Brooks (* 1955)


Biographie
Pionnier de la consultation philosophique au Québec, François Brooks a exercé plusieurs métiers dans des domaines aussi variés que le dessin technique, l’électronique, la construction, l’ébénisterie, le commerce, la gestion, l’agriculture et la sonorisation.

Hormis les qualifications professionnelles nécessaires à ses emplois techniques et artisanaux, sa formation académique comprend les quatre cours de philosophie de l’ancien DEC (Diplôme d’études collégiales) et le cours d’anthropologie philosophique à l’Université de Montréal.