Charles Baudelaire. Nature et culture

Emile Deroy (1820-1846)
Portrait de Charles Baudelaire, détail (1844)
Musée des châteaux de Versailles et de Trianon

La nature n’enseigne rien. C’est elle aussi qui pousse l’homme à tuer son semblable, à le manger, à le séquestrer, à le torturer; car sitôt que nous sortons de l’ordre des nécessités et des besoins pour entrer dans celui du luxe et des plaisirs, nous voyons que la nature ne peut conseiller que le crime. C’est cette infaillible nature qui a créé le parricide et l’anthropophagie. C’est la philosophie, c’est la religion qui nous ordonnent de nourrir des parents pauvres et infirmes. La nature (qui n’est pas autre chose que la voix de notre intérêt) nous commande de les assommer. Passez en revue, analysez tout ce qui est naturel, toutes les actions et les désirs du pur homme naturel, vous ne trouverez rien que d’affreux. Le crime, dont l’animal a puisé le goût dans le ventre de sa mère, est originellement naturel. La vertu, au contraire, est artificielle, surnaturelle. Le mal se fait sans effort, naturellement; le bien est toujours le produit d’un art.

Charles Baudelaire (1821-1867), Curiosités esthétiques, XI, Éloge du maquillage
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