Philippe Chèvre. La théorie de la « double-vérité »


> La « double-vérité »

Au début du XIIIe siècle, la philosophie d’Aristote suscitait la méfiance de bien des théologiens. En 1215, le légat Robert de Courson condamne à Paris deux hérétiques et, indirectement, deux doctrines : celle de Jean Scot Erigène et celle d’Aristote. Les autorités religieuses permettent d’étudier la logique d’Aristote, mais non la métaphysique et la physique. Albert le Grand et Thomas d’Aquin tenteront d’intégrer les écrits du Philosophe à la théologie.

Avec Aristote, il faut aussi prendre en considération le Commentateur, Averroës (Ibn Roshd, 1126-1198). Progressivement, dès que ses œuvres paraissent (vers 1230) dans la traduction de Michel Scot, l’on se rendit compte que son interprétation d’Aristote était fort éloignée de la foi chrétienne. A cette difficulté s’ajoute celle de la structure de l’université, occasion de conflits incessants entre la philosophie et la théologie. L’enseignement d’une philosophie pure, libérée de l’enseignement de la théologie, allait donner naissance dans le cadre de la Faculté des Arts à ce que nous appelons l’ « averroïsme latin » ou l’ « aristotélisme intégral ». L’enseignement de la Faculté des Arts de Paris devient ainsi de plus en plus averroïste. En 1267 avec les « Exposés sur les dix commandements » et, l’année suivante, avec les « Leçons sur les dons du Saint-Esprit », Saint Bonaventure combat la doctrine d’Averroës. Vers 1270, Saint Thomas écrit le traité « De l’unité de l’intellect, contre les averroïstes ». Quelle était cette doctrine ?

Philippe Chèvre (*1951), Boèce de Dacie, La théorie de la « double-vérité »
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