François Cheng. La beauté


En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voir provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l’univers vivant : d’un côté le mal ; de l’autre, la beauté. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté.

La vraie beauté est élan de l’Être vers la beauté et le renouvellement de cet élan;
la vraie vie est élan de l’Être vers la vie et le renouvellement de cet élan.

Je sais en revanche que, dans l’ordre de la vie, il convient d’apprendre à saisir les phénomènes qui adviennent, chaque fois singuliers, lorsque ceux-ci se révèlent être dans le sens de la Voie, c’est-à-dire de la vie ouverte. Outre mes réflexions, le travail que je dois effectuer consiste plutôt à creuser en moi la capacité à la réceptivité. Seule une posture d’accueil – être « le ravin du monde », selon Laozi – et non de conquête, nous permettra, j’en suis persuadé, de recueillir, de la vie ouverte, la part du vrai.

François Cheng (*1929), Cinq méditations sur la beauté
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