Jean-Baptiste Dubos. Contrefaire le génie des grands ?


On imite la main d’un autre, mais on n’imite pas de même, pour parler ainsi, son esprit, et l’on n’apprend point à penser comme un autre, ainsi qu’on peut apprendre à prononcer comme lui. Le peintre médiocre qui voudrait contrefaire une grande composition du Dominiquin [Domenico Zampieri] ou de Rubens, ne saurait imposer, non plus que celui qui voudrait faire un pastiche sous le nom du Georgione ou du Titien. Il faudrait avoir un génie presque égal à celui du peintre qu’on veut contrefaire, pour réussir à faire prendre notre ouvrage pour être de ce peintre. On ne saurait donc contrefaire le génie des grands hommes, mais on réussit quelquefois à contrefaire leur main, c’est-à-dire, leur manière de coucher la couleur et de tirer les traits, les airs de tête qu’ils répétaient et ce qui pouvait être de vicieux dans leur pratique. Il est plus facile d’imiter les défauts des hommes que leurs perfections.

Jean-Baptiste Dubos (1670-1742), Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, 2e partie, 11
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