Épi­cure. Phi­lo­so­pher à tout âge

Pla­ton et ses dis­ciples sous un oli­vier
Mai­son de Simi­nius Ste­pha­nus, Pom­péi, Ier 


Quand on est jeune il ne faut pas hési­ter à s’a­don­ner à la phi­lo­so­phie, et quand on est vieux il ne faut pas se las­ser d’en pour­suivre l’é­tude. Car per­sonne ne peut sou­te­nir qu’il est trop jeune ou trop vieux pour acqué­rir la san­té de l’âme. Celui qui pré­ten­drait que l’heure de phi­lo­so­pher n’est pas encore venue ou qu’elle est déjà pas­sée, res­sem­ble­rait à celui qui dirait que l’heure n’est pas encore arri­vée d’être heu­reux ou qu’elle est déjà pas­sée. Il faut donc que le jeune homme aus­si bien que le vieillard cultivent la phi­lo­so­phie : celui-ci pour qu’il se sente rajeu­nir au sou­ve­nir des biens que la for­tune lui a accor­dés dans le pas­sé, celui-là pour être, mal­gré sa jeu­nesse, aus­si intré­pide en face de l’a­ve­nir qu’un homme avan­cé en âge.

Ce ne sont pas les beu­ve­ries et les orgies conti­nuelles, les jouis­sances des jeunes gar­çons et des femmes, les pois­sons et les autres mets qu’offre une table luxueuse, qui engendrent une vie heu­reuse, mais la rai­son vigi­lante, qui recherche minu­tieu­se­ment les motifs de ce qu’il faut choi­sir et de ce qu’il faut évi­ter et qui rejette les vaines opi­nions, grâce aux­quelles le plus grand trouble s’empare des âmes.

De tout cela la sagesse est le prin­cipe et le plus grand des biens. C’est pour­quoi elle est même plus pré­cieuse que la phi­lo­so­phie, car elle est la source de toutes les autres ver­tus, puis­qu’elle nous enseigne qu’on ne peut pas être heu­reux sans être sage, hon­nête et juste ; ni être sage, hon­nête et juste sans être heureux.

Épi­cure (-341 à -270), Lettre à Méné­cée
> Bio­gra­phie