Épi­cure. Le plus grand des biens : la prudence

Tête d’É­pi­cure, copie romaine, IIe s.
d’a­près un ori­gi­nal grec
Bri­tish Museum, London 


Nous disons que le plai­sir est le but de la vie. Il ne s’a­git pas des plai­sirs déré­glés ni des jouis­sances luxu­rieuses ain­si que le pré­tendent ceux qui ne nous connaissent pas, nous com­prennent mal ou s’op­posent à nous. Par plai­sir, c’est bien l’ab­sence de dou­leur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. Car la vie de plai­sir ne se trouve point dans d’in­ces­sants ban­quets et fêtes, ni dans la fré­quen­ta­tion de femmes, ni dans la saveur des pois­sons et des autres plats qui ornent les tables magni­fiques, elle est dans la tem­pé­rance, lors­qu’on pour­suit avec vigi­lance un rai­son­ne­ment, cher­chant les causes pour le choix et le refus, délais­sant l’o­pi­nion, qui avant tout fait le désordre de l’âme.

Au prin­cipe de tout cela se trouve le plus grand des biens : la pru­dence. La phi­lo­so­phie acquiert par elle une digni­té supé­rieure, les autres ver­tus pro­cèdent d’elle natu­rel­le­ment car elle enseigne qu’une vie sans pru­dence ni bon­té ni jus­tice ne sau­rait être heu­reuse et que ce bon­heur ne sau­rait être sans plai­sir. De fait les ver­tus se trouvent natu­rel­le­ment liées dans la vie heu­reuse, de même que la vie heu­reuse ne se sépare point de ces vertus.

Epi­cure (-341 à -270), Lettre à Méné­cée
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