Épic­tète. Les choses libres dé­pendent de nous

Épic­tète
Gra­vure (1715), Oxford 


Par­mi les choses, les unes dé­pendent de nous, les autres n’en dé­pendent pas. Celles qui dé­pendent de nous, ce sont l’o­pi­nion, la ten­dance, le dé­sir, l’a­ver­sion : en un mot tout ce qui est notre œuvre. Celles qui ne dé­pendent pas de nous, ce sont le corps, les biens, la ré­pu­ta­tion, les di­gni­tés : en un mot tout ce qui n’est pas notre œuvre. 

Les choses qui dé­pendent de nous sont par na­ture libres ; nul ne peut les em­pê­cher, rien ne peut les en­tra­ver ; mais celles qui ne dé­pendent pas de nous sont im­puis­santes, es­claves, su­jettes à em­pê­che­ment, étran­gères à nous. 

Sou­viens-toi donc que, si tu crois libres ces choses qui, de par leur na­ture, sont ser­viles, et propres à toi celles qui sont étran­gères, tu se­ras en­tra­vé, af­fli­gé, trou­blé, tu ac­cu­se­ras dieux et hommes. Mais si tu crois tien ce­la seul qui est tien, et étran­ger ce qui en ef­fet t’est étran­ger, nul ne le for­ce­ra ja­mais à faire une chose, nul ne t’en em­pê­che­ra ; tu ne te plain­dras de per­sonne, tu n’ac­cu­se­ras per­sonne ; tu ne fe­ras pas in­vo­lon­tai­re­ment une seule ac­tion ; per­sonne ne te nui­ra, et d’en­ne­mi, tu n’en au­ras point, car tu ne souf­fri­ras rien de nuisible.

Épic­tète (50-125), Ma­nuel


Puisque l’­homme libre est ce­lui à qui tout ar­rive comme il le dé­sire, me dit un fou, je veux aus­si que tout m’ar­rive comme il me plaît. -- Eh ! mon ami, la fo­lie et la li­ber­té ne se trouvent ja­mais en­semble. La li­ber­té est une chose non seule­ment très belle, mais très rai­son­nable, et il n’y a rien de plus ab­surde ni de plus dé­rai­son­nable que de for­mer des dé­si­rs té­mé­raires et de vou­loir que les choses ar­rivent comme nous les avons pen­sées. […]. Non, mon ami : la li­ber­té consiste à vou­loir que les choses ar­rivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent.

Épic­tète (50-125), En­tre­tiens, livre I, 35
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