Nicolas Grimaldi. Philosophe ou sophiste


[Platon avait] dû reconnaître qu’il n’y avait guère plus de différence entre un philosophe et un sophiste qu’entre un chien et un loup. Apparemment, ils sont en effet fort semblables. L’un et l’autre ne produisent rien, ne fabriquent rien, et parviennent à leur fin en parlant, par la magie de leur persuasion. Pourtant, un chien est tout le contraire d’un loup, de même qu’un philosophe est tout l’opposé d’un sophiste. Car le chien a certes le même flair et la même pugnacité que le loup, mais c’est pour garder son troupeau du loup qui cherche au contraire à le dépecer. Le sophiste est comme le loup: c’est un prédateur. Son gibier, c’est l’autre.

Nicolas Grimaldi (* 1933), Socrate, le sorcier


Biographie
Nicolas Grimaldi dit avoir connu deux morts dans sa vie : celle de sa mère lorsqu’il était enfant, qui l’a livré à un père très occupé par son activité syndicale et cependant très sévère pour son fils, et Mai 68 qui lui est apparu comme la mort d’une forme de culture.

Brillant élève épris de littérature, il rêve de poésie mais la philosophie s’impose très vite à lui comme une évidence. Après l’agrégation, il enseigne en classe terminale au lycée de Colmar, à Molière à Paris, puis en hypokhâgne à Janson de Sailly et en khâgne à Jules Ferry. Vient ensuite le temps de l’université, Brest, Poitiers, Bordeaux puis la Sorbonne où il tient la chaire d’histoire de la philosophie puis celle de métaphysique, atteint le grade de professeur émérite. Mais depuis 1968, il ne vit plus à Paris mais à Saint Jean de Luz, sans un sémaphore désaffecté. Mai 68, auquel il n’a pas adhéré et vit comme la mort de la culture et de l’esprit, l’a séparé de nombres de ses collègues dont Jankélévitch dont il se sentait pourtant proche.

Passer pour le spécialiste de Descartes, le philosophe avec lequel il se sent le moins d’affinités, l’amuse plutôt et les livres qu’il lui a consacrés, « L’expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes », « Études cartésiennes: Dieu, le temps, la liberté », « Descartes et ses fables » sont des recueils d’articles et de conférences. Il s’intéresse davantage à « L’art ou la feinte passion », à « Aliénation et liberté », « Socrate », « Ontologie du temps » ou aux « Ambiguïtés de la solitude ».