Tho­mas Hobbes. Les causes de discorde

John Michael Wright (1617-1694)
Tho­mas Hobbes
Natio­nal Por­trait Gal­le­ry, Londres 


Nous trou­vons dans la nature humaine trois prin­ci­pales causes de dis­corde : tout d’a­bord, la com­pé­ti­tion ; en second lieu, la défiance ; et, en troi­sième lieu, la gloire. La pre­mière pousse les hommes à s’at­ta­quer en vue du gain, la seconde en vue de la sécu­ri­té, et la troi­sième en vue de la répu­ta­tion. La com­pé­ti­tion fait employer la vio­lence pour se rendre maître de la per­sonne des autres, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs trou­peaux ; la défiance la fait employer pour se défendre ; la gloire pour des riens : en un mot, un sou­rire, une dif­fé­rence d’o­pi­nion, un autre signe quel­conque de dépré­cia­tion diri­gée direc­te­ment contre soi ou indi­rec­te­ment contre sa famille, ses amis, son pays, sa pro­fes­sion ou son nom.

Hors des états civils il y a per­pé­tuel­le­ment guerre de cha­cun contre cha­cun. Il est donc ain­si mani­feste que, tant que les hommes vivent sans une puis­sance com­mune qui les main­tienne tous en crainte, ils sont dans cette condi­tion que l’on appelle guerre, et qui est la guerre de cha­cun contre cha­cun. La guerre ne consiste pas seule­ment en effet dans la bataille ou dans le fait d’en venir aux mains, mais elle existe tout le temps que la volon­té de se battre est suf­fi­sam­ment avé­rée ; la notion de temps est donc à consi­dé­rer dans la nature de la guerre, comme elle l’est dans la nature du beau et du mau­vais temps. Car, de même que la nature du mau­vais temps ne réside pas seule­ment dans une ou deux averses, mais dans une ten­dance à la pluie pen­dant plu­sieurs jours consé­cu­tifs, de même la nature de la guerre ne consiste pas seule­ment dans le fait actuel de se battre, mais dans une dis­po­si­tion recon­nue à se battre pen­dant tout le temps qu’il n’y a pas assu­rance du contraire.


Tho­mas Hobbes (1588 - 1679), Lévia­than, I, Cha­pitre XIII
Bio­gra­phie