David Hume. La cohérence dans le changement

Allan Ramsay (1713-1784)
David Hume, détail (1766)
National Gallery of Scotland, Edinburgh

Ces montagnes, ces maisons et ces arbres, qui sont à présent sous mes yeux, m’ont toujours apparu dans le même ordre; et quand je les perds de vue en fermant les yeux ou en tournant la tête, je trouve peu après qu’ils me reviennent sans le moindre changement. Mon lit et ma table, mes livres et mes papiers se présentent de la même manière invariable et ils ne changent pas à la suite d’une interruption, quand je cesse de les voir ou de les percevoir. C’est le cas de toutes les impressions dont les objets, admet-on, ont une existence extérieure; ce n’est pas le cas des autres impressions, qu’elles soient douces ou violentes, volontaires ou involontaires.

Cette constance, toutefois, n’est pas assez parfaite pour ne pas admettre des exceptions très importantes. Les corps changent souvent de position et de qualités, et il peut se faire qu’après une courte absence ou une courte interruption, ils deviennent à peine reconnaissables. Mais ici l’on doit observer que, même dans ces changements, ils conservent de la cohérence et qu’il y a une dépendance régulière des uns aux autres; ce qui sert de base à une sorte de raisonnement causal et produit l’opinion de leur existence continue. Quand je reviens dans ma chambre après une heure d’absence, je ne trouve pas mon feu dans l’état où je l’ai laissé; mais je me suis accoutumé, en d’autres cas, à voir se produire un changement semblable dans un temps semblable, que je sois présent ou absent, proche ou éloigné.

David Hume (1711-1776), Traité de la nature humaine, livre I
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