▷ Vladimir Jankélévitch. La mort, expérience de l’impensable


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Françoise Schwab, François George, Pierre-Michel Klein

Quelques citations de Vladimir Jankélévitch sur la mort

Si la mort n’est pensable ni avant, ni pendant, ni après, quand pourrons-nous la penser ?

La mort est la maladie des bien portants et des malades. Quand on n’est pas malade, on est encore quelqu’un qui doit mourir.

L’événement de la mort n’est une «éventualité» que dans sa date et ses circonstances. Biologiquement, statistiquement, qu’y a-t-il de plus prévu que le fait de la mort ?

La mort révèle l’amour, c’est l’inconsolable qui pleure l’irremplaçable.

La mort n’est pas la malchance exceptionnelle de certains hommes, ni le malheur de certains déshérités, elle est une malédiction commune à tous.

La mort n’est pas un objet comme les autres : c’est un objet qui, étranglant l’être pensant, met fin et coupe court à l’exercice de la pensée. La mort se retourne contre la conscience de mourir !

L’homme se sait mortel, mais à proprement parler il ne sait pas qu’il mourra. D’une part en tant que le mortel connaît en général sa mortalité, il englobe la mort par la conscience et il semble avoir barre sur cette mort; et en tant qu’il ignore les déterminations circonstancielles de sa mort-propre, il est au dedans du destin, et l’événement futur garde vis-à-vis du condamné à mort l’avantage de l’initiative, le bénéfice de la surprise, la supériorité de la position dominante.

La mort joue à cache-cache avec la conscience: où je suis, la mort n’est pas; et quand la mort est là, c’est moi qui n’y suis plus. Tant que je suis, la mort est à venir; et quand la mort advient, ici et maintenant, il n’y a plus personne. De deux choses l’une : Conscience, ou présence mortelle ! Mort et conscience, elles se chassent et s’excluent réciproquement, comme par l’effet d’un commutateur.

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