Emma­nuel Kant. Le pou­voir du « je »

Por­trait contem­po­rain d’Em­ma­nuel Kant
d’a­près Johann Leon­hard Raab (1825-1899)


Pos­sé­der le Je dans sa repré­sen­ta­tion : ce pou­voir élève l’homme infi­ni­ment au-des­sus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une per­sonne ; et grâce à l’u­ni­té de la conscience dans tous les chan­ge­ments qui peuvent lui sur­ve­nir, il est une seule et même per­sonne, c’est-à-dire un être entiè­re­ment dif­fé­rent, par le rang et la digni­té, des choses comme le sont les ani­maux sans rai­son, dont on peut dis­po­ser à sa guise ; et ceci, même lors­qu’il ne peut pas encore dire le Je, car il l’a cepen­dant dans sa pen­sée ; ain­si toutes les langues, lors­qu’elles parlent à la pre­mière per­sonne doivent pen­ser ce Je, même si elles ne l’ex­priment pas par un mot par­ti­cu­lier. Car cette facul­té (de pen­ser) est l’entendement.

Il faut remar­quer que l’en­fant, qui sait déjà par­ler assez cor­rec­te­ment, ne com­mence qu’as­sez tard (peut-être un an après) à dire Je ; avant, il parle de soi à la troi­sième per­sonne (Charles veut man­ger, mar­cher etc.); et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il com­mence à dire Je ; à par­tir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de par­ler. Aupa­ra­vant il ne fai­sait que se sen­tir, main­te­nant il se pense.


Emma­nuel Kant (1724-1804), Anthro­po­lo­gie du point de vue prag­ma­tique
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