Emma­nuel Kant. La mort est impensable

Gra­vure de Birck, XVIIIe s.
Por­trait d’Em­ma­nuel Kant (1724-1804)


La peur de la mort qui est natu­relle à tous les hommes, même aux plus mal­heu­reux, et fût-ce au plus sage, n’est pas un fré­mis­se­ment d’hor­reur devant le fait de périr, mais comme le dit jus­te­ment Mon­taigne, devant la pen­sée d’avoir péri (d’être mort); cette pen­sée, le can­di­dat au sui­cide s’i­ma­gine l’a­voir encore après la mort, puisque le cadavre qui n’est plus lui, il le pense comme soi-même plon­gé dans l’obs­cu­ri­té de la tombe ou n’im­porte où ailleurs. L’illu­sion ici n’est pas à sup­pri­mer ; car elle réside dans la nature de la pen­sée, en tant que parole qu’on adresse à soi-même et sur soi-même.

La pen­sée que « je ne suis pas » ne peut abso­lu­ment pas exis­ter ; car si je ne suis pas, je ne peux pas non plus être conscient que je ne suis pas. Je peux bien dire : je ne suis pas en bonne san­té, etc., en pen­sant des pré­di­cats de moi-même qui ont valeur néga­tive (comme cela arrive pour tous les ver­ba) mais, par­lant à la pre­mière per­sonne, nier le sujet lui-même (celui-ci en quelque sorte s’a­néan­tit) est une contradiction.

Emma­nuel Kant (1724-1804), Anthro­po­lo­gie du point de vue prag­ma­tique
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