Emmanuel Kant. Dire la vérité, un impératif catégorique


Si tu as, par exemple, empêché d’agir par un mensonge quelqu’un qui se trouvait avoir alors des intentions meurtrières, tu es responsable d’un point de vue juridique de toutes les conséquences qui pourraient en résulter. Mais si tu t’en es tenu strictement à la vérité, la justice publique ne peut rien te faire quelles que soient les conséquences imprévues. Il peut toutefois se produire qu’après que tu as honnêtement répondu oui au meurtrier qui te demandait si celui qu’il voulait tuer était chez toi, celui-ci soit cependant sorti sans être remarqué et qu’ainsi il ait échappé au meurtrier, que le crime alors n’ait pas eu lieu; mais supposons que tu aies menti et dit qu’il n’était pas chez toi, et qu’il soit réellement sorti (bien qu’à ton insu); si le meurtrier le rencontrant en train de sortir, accomplissait son crime, tu peux alors être à bon droit accusé d’être la cause de sa mort. (…) Par conséquent celui qui ment, quelque bien intentionné qu’il puisse être, doit répondre des conséquences de son mensonge (…) et en payer le prix, quel que soit leur caractère imprévisible. Car dire la vérité constitue un devoir qui doit être considéré comme la base de tous les devoirs qui sont à fonder sur un contrat, et dont la loi, si on y tolère ne serait-ce que la plus petite exception, est rendue chancelante et vaine.

Emmanuel Kant (1724-1804),  Sur un prétendu droit de mentir par humanité
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