Marcel Légaut. Humain


[…] ce qui semble caractériser l’homme parmi les autres vivants : être non pas seulement un « vivant » connaissant, mais un vivant qui connaît, qui est capable de mettre une distance entre lui et l’activité d’où lui vient la connaissance qu’il peut atteindre du réel, qui ainsi, en se distanciant de cette activité, se montre en mesure de pouvoir ne pas en demeurer seulement l’agent passif, voire le théâtre. Si l’acte intime par excellence, direct, sans médiation, qu’est la prise de conscience de soi par l’homme, était uniquement provoqué par les lois que les sciences […] découvrent, […], l’homme ne pourrait échapper à une « schizophrénie » totale qui le couperait radicalement du réel en lui donnant l’illusion de juger qu’il l’atteint de façon objective, tandis qu’il ne serait que la victime inconsciente et sans remède de ses propres mécanismes. […]

Il est probable d’ailleurs que l’homme, de par sa nature, est dans l’Univers la seule réalité inconnaissable dans sa totalité non seulement en fait mais en droit, la seule manifestation d’un mystère proprement dit. Aussi la recherche vers sa propre humanité ne peut prétendre aboutir à son terme sans par là même être condamnée a radicalement échouer. Cette recherche, […] ,trouve sa raison d’être dans le progrès qu’elle promeut en l’homme vers celui qu’il est en puissance, lequel dépasse et « transcende » tout ce qu’il peut en savoir et projeter d’en atteindre.


Marcel Légaut (1900-1990)
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