Emma­nuel Lévi­nas. Le sens de la rela­tion avec autrui


En quoi consiste l’a­cui­té de la soli­tude ? Il est banal de dire que nous n’exis­tons jamais au sin­gu­lier. Nous sommes entou­rés d’êtres et de choses avec les­quels nous entre­te­nons des rela­tions. Par la vue, par le tou­cher, par la sym­pa­thie, par le tra­vail en com­mun, nous sommes avec les autres. Toutes ces rela­tions sont tran­si­tives : je touche un objet, je vois l’Autre. mais je ne suis pas l’Autre. Je suis tout seul. C’est donc l’être en moi, le fait que j’existe, mon exis­ter qui consti­tue l’élé­ment abso­lu­ment intran­si­tif, quelque chose sans inten­tion­na­li­té, sans rap­port. On peut tout échan­ger entre êtres sauf l’ exister.

Emma­nuel Lévi­nas (1906-1995), Le temps et l’autre
Bio­gra­phie