Pla­ton. Connais­sance et ignorance

Raphaël (1483-1520)
L’É­cole d’A­thènes, Pla­ton, détail (1509-1512)
Palais apos­to­lique, Vatican 


L’allégorie de la Caverne, la plus célèbre de Pla­ton, donne une repré­sen­ta­tion ima­gée de l’état de notre nature rela­ti­ve­ment à la connais­sance et à l’ignorance. Elle n’a pas seule­ment une valeur didac­tique pour tel point par­ti­cu­lier de la phi­lo­so­phie. Elle résume, en fait, la condi­tion humaine dans son rap­port à la connais­sance, mais aus­si ce qu’est la dia­lec­tique et en quoi consiste la voca­tion du phi­lo­sophe dans sa rela­tion aux autres hommes.

Figure-toi des hommes dans une demeure sou­ter­raine, en forme de caverne, ayant sur toute sa lar­geur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaî­nés, de sorte qu’ils ne peuvent bou­ger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empê­chant de tour­ner la tête ; la lumière leur vient d’un feu allu­mé sur une hau­teur, au loin der­rière eux ; entre le feu et les pri­son­niers passe une route éle­vée : ima­gine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloi­sons que les mon­treurs de marion­nettes dressent devant eux, et au-des­sus des­quelles ils font voir leurs mer­veilles.
Pla­ton (424-347 av. J.-C.), La Répu­blique, livre VII

La caverne est le lieu d’un pas­sage, d’une épreuve, dans le che­min vers la véri­té. L’allégorie de la caverne pré­sente de manière ima­gée l’ascension phi­lo­so­phique vers les Idées et vers l’unité. La phi­lo­so­phie est avant tout une édu­ca­tion : e-ducere, c’est « sor­tir hors de », s’élever hors de la caverne de son igno­rance et de sa dépen­dance. Elle est quête d’autonomie intel­lec­tuelle. Elle exige d’apprendre à pen­ser par soi-même, à trou­ver soi-même les réponses aux ques­tions fon­da­men­tales qui se posent à tra­vers son existence.

Le mérite de Pla­ton est d’avoir ren­du ima­gée et visuelle cette sor­tie de l’ignorance que Socrate avait déjà si bien ensei­gnée. Pour ce der­nier en effet, le pre­mier pas de la phi­lo­so­phie consiste à prendre conscience de son igno­rance, c’est-à-dire de prendre un cer­tain recul par rap­port à ses opi­nions, ce qui n’est pas chose facile. Dans la pra­tique, on constate qu’il n’est pas aus­si simple de se défaire de ses pré­ju­gés ou opi­nions toutes faites. La sor­tie de la caverne repré­sente le fait que, lorsqu’on com­mence à réflé­chir, on prend une cer­taine dis­tance par rap­port à ses opi­nions et on apprend à dis­tin­guer ce qui est réel de ce qui est appa­rent ou illu­soire. La méthode de Socrate pour déli­vrer ses conci­toyens de l’ignorance pas­sait par la pra­tique du dia­logue, c’est-à-dire la capa­ci­té de s’interroger soi-même, avec rigueur et méthode, pour sor­tir des faux-sem­blants et des idées reçues. Le retour dans la caverne sym­bo­lise la confron­ta­tion des idées décou­vertes à l’expérimentation quotidienne.

Un jour, un des pri­son­niers est conduit à la lumière du jour, et là, il voit les objets natu­rels et le soleil tels qu’ils sont réel­le­ment. D’abord aveu­glé, il sera, par la suite, heu­reux de cette connais­sance et ne vou­dra pas retour­ner en escla­vage. Si par amour pour ses sem­blables, il retourne quand même dans la caverne, il n’y dis­tin­gue­ra d’abord que peu de choses, ses yeux s’étant habi­tués à la lumière. Puis, il expli­que­ra à ses anciens com­pa­gnons l’erreur qu’ils com­mettent à prendre pour réa­li­té ce qui n’est qu’illusion. Mais ils le pren­dront pour un fou et ten­te­ront de le punir pour de telles affirmations.

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